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Nouveauté d’Aix en Juin, les opéras De-ci De-là

De-ci de-là

Nouveauté d’Aix en Juin, les opéras De-ci De-là - Zibeline

Est-ce une allusion au célèbre Duo de l’âne de la Véronique de Messager, nous invitant à la marche dans les rues aixoises ? Peu importe, les quatre formes courtes (7 à 10 minutes) proposées par l’Académie du Festival d’Aix, apportent aux manifestations de juin un souffle de fraîcheur et de légèreté vivifiants. Quatre « mini-opéras », fruits d’un dialogue passionné entre jeunes créateurs et interprètes, ont animé places et placettes accompagnant une délicieuse promenade dans les méandres de la cité aixoise. S’inspirant d’interview de quatre « figures marquantes d’Aix », Sabryna Pierre a joué le rôle de librettiste en écrivant de courts textes à partir desquels les quatre mini-opéras ont été créés, par quatre jeunes compositeurs et compositrices.

On applaudissait ainsi sur la place du Collège Campra Jeunesse de Benjamin Scheuer, paradoxal « monologue à deux voix » (Océane Deweirder, mezzo-soprano, Tormey Woods, baryton-basse) qui entraînait dans son enthousiasme des élèves des classes de sixième du collège, dans une mise en scène dynamique d’Élise Bloch, le tout soutenu par l’accordéon espiègle de Vincent Gailly. Le quotidien de l’école devient ici objet poétique, les chanteurs se mêlent au public, les invitent à entrer dans le mouvement initié par les collégiens, et nous incitent à faire confiance en cette belle jeunesse, seule capable sans doute de ré-enchanter le monde. Les voix sonnent, justes, pleines, rayonnantes d’un bonheur communicatif.

En hommage à Ginette qui a laissé depuis peu le Bar-Tabac Le Gaulois qui jouxte la cathédrale Saint-Sauveur, Accent du compositeur Ozan Baysal (aussi au baglama à double manche) livre un portrait tendre et drôle de la cafetière (Marine Costa, soprano), qui sert les clients, davantage comme des invités de choix que des commensaux payants, cherche à s’exprimer dans leurs langues respectives, et tant pis si l’accent n’y est pas, le cœur lui toujours s’ouvre à tous, pour offrir ce qui nourrit et abreuve l’âme autant que les corps dans une mise en scène spirituelle de Finn Beames, où la flûte d’Adrian Saint-Pol, mutine, duettise avec le « Jimmy Hendrix du baglama » ou la soprano.

La place d’Albertas se plaisait à la Douceur d’Uršula Jašovec (compositrice), mise en scène par Luna Muratti. Une inconnue (Sarah Théry, mezzo-soprano) célèbre la ville par son chant, la beauté des lieux et des chemins que chacun arpente, accompagnée par les subtils violoncelle de Polina Streltsova et hautbois de Laetitia Cottave, personnages qui semblent émaner d’une scène de l’après-midi d’un faune en une partition où la rêverie vagabonde s’étoffe de la permanence des songes.

Enfin, le parvis de l’office de Tourisme offrait sa nudité à l’éclosion d’un Mirage (de Deniz Nurhat), né sur un banc public, sans référence à Brassens, sinon un écho. L’ennui étouffe une jeune femme (expressive et fantasque Joanna Malewski, soprano) qui trouve assis sur un banc un personnage qui l’entraîne à toutes les folies, lui faisant oublier le caractère guindé qui la corsète… Le violon de Marmaduke Le Forestier et les percussions d’Étienne Fauré la suivent dans sa folie et ses déceptions, sur une mise en scène déjantée de Robert Drobiuch.

Ces mini-opéras retrouvent la veine populaire des œuvres du XIXème, les gens s’arrêtent, suivent, se laissent emporter avec délices au cœur de ces médaillons finement ciselés. Une innovation sans aucun doute à perpétuer !

MARYVONNE COLOMBANI
Juin 2019

Les mini-opéras de Opéra De-ci de-là ont été donnés à Aix-en-Provence les 14 et 15 juin.

Photographies © MC