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Retour sur les concerts du Còr de la Plana et d’Artús à la Cité de la musique de Marseille

De chair et d’oc

Retour sur les concerts du Còr de la Plana et d’Artús à la Cité de la musique de Marseille - Zibeline

Les premiers dévoilaient les prémisses d’un futur album ; les seconds clôturaient une Setmana pagana (« Semaine païenne ») dédiée aux artistes de leur label. En deux soirées, la Cité de la musique de Marseille a accueilli deux des groupes les plus emblématiques de la création musicale des pays d’Oc depuis plus d’une quinzaine d’années : Lo Còr de la Plana et Artús. Mais s’il fallait les positionner sur une même ligne en fonction de leur proximité musicale, chacun y figurerait aux deux extrémités. Un qualificatif toutefois leur est commun, celui de précurseur. Dans la réappropriation d’un répertoire phocéen-provençal par la polyphonie pour Lo Còr et dans l’utilisation du patrimoine traditionnel gascon dans l’écriture d’une musique expérimentale pour Artus.

Ces derniers ont inventé une sorte de noise béarnaise, une musique dont la bestialité n’a jamais été aussi à propos que dans leur cinquième opus, Ors (« Ours »), inspiré par cette figure incontournable de l’imaginaire pyrénéen. Chez l’animal comme dans les compositions du collectif, fratrie pour moitié, la violence peut côtoyer la douceur, la crainte, déclencher l’envoûtement, l’indomptable devenir docile. Cernée de percussions radicales, la vielle à roue se fraye un chemin au milieu d’une dense forêt sonore.

Cela faisait longtemps que la bande à Manu Théron ne s’était pas retrouvée sur scène, dans la ville qui a vu naître la formation. Qui plus est pour un nouveau projet : Tafori (« Bordel »). Si l’essentiel du spectacle comprenait des morceaux connus, le chœur masculin a recentré son propos sur une thématique inépuisable : Marseille. Investi dans la vie sociale et culturelle de la cité, Manu Théron a écrit un morceau contre le projet d’aménagement urbain de la municipalité, lequel risque fort d’altérer l’âme du quartier de la Plaine. Parmi les autres inédits, Adieu, qui revient sur l’épisode douloureux de la privatisation du nom Occitanie par la région mitoyenne, alors qu’elle n’occupe qu’un petit tiers du territoire historiquement, culturellement et linguistiquement concerné par ce terme. Mais la cuvée 2017 des polyphonistes n’est pas qu’un pamphlet et blessures puisqu’on y trouve aussi une chanson dédiée à l’allégresse carnavalesque. Celui de la Plaine, sans doute.

THOMAS DALICANTE
Mars 2017

La Cité de la musique de Marseille a accueilli les concerts de Lo Cor de la Plana, le 10 mars et d’Artus, le 11

Photographie Lo Cor de la Plana © Augustin Le Gall


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