Vu par Zibeline

Schnell, schneller au Théâtre de Lenche : Franck Dimech mérite qu'on lui donne les moyens de continuer !

De chair, de mots et d’os

• 3 novembre 2015⇒7 novembre 2015 •
Schnell, schneller au Théâtre de Lenche : Franck Dimech mérite qu'on lui donne les moyens de continuer ! - Zibeline

C’est sous le dessin schématique d’un sapin de Noël tout clignotant de tubes néon que se déroule le dernier spectacle de Franck Dimech. Présence dérisoire et fantomatique, symbole d’une vie antérieure à la Shoah, évocation d’un passé d’amour, de famille et d’enfance. Peut-on imaginer qu’au plus profond du dépouillement et de la fréquentation quotidienne de la mort, l’être humain puisse évoquer les réunions familiales et festives d’avant le néant et l’horreur ? Car Schnell, schneller nous plonge dans l’univers d’Auschwitz. Avec Dimech pas de reconstitution historique, pas de pyjama rayé, ni d’étoile jaune, pas de décor reconstitué, on n’est pas dans l’illustration. Pas de bande-son sophistiquée, pas d’éclairages exagérément blafards. On est dans l’essence même de la désagrégation, dans le verbe toujours présent. Franck Dimech a voulu faire passer directement la parole vivante de ceux qui sont revenus de l’enfer et qui témoignent. Il est allé à Auschwitz en janvier 2015, «le plus grand cimetière du monde» ; il a vu la neige salie, il a senti le froid. Il a ramassé une pierre qui lui a donné l’impression de serrer la main gelée d’un enfant.

Le projet était de mettre sur la scène un texte de Charlotte Delbo, mais les éditions de Minuit ont refusé les droits sans donner de justification. Franck Dimech a donc fait un montage de textes divers allant de Desnos à Primo Levi, de Robert Antelme à Hölderlin, Pasolini, de témoignages aussi… Les mots revivent et sont incarnés par trois merveilleux comédiens : Peggy Péneau, toute en retenue et en souffrance, avec sa gestuelle stylisée proche de la chorégraphie, Laurent de Richemont totalement habité par les textes qu’il garde en bouche longtemps avant de les prononcer et le jeune Maxime Reverchon à la voix et la présence intenses. On ne sort pas indemne d’un tel spectacle où une voix a dit : «Je sais le tocsin des mots», ces mots qui doivent toujours résonner.

Franck Dimech est un metteur en scène exigent et méritant. Depuis plusieurs années il monte des textes forts, dans des mises en scène originales, notamment avec des comédiens de Taïwan, de Chine ou du Japon. Il a mené son projet au bout malgré l’amputation du budget de la Ville de Marseille de 60% du budget précédent. Il mérite qu’on lui donne les moyens de continuer.

CHRIS BOURGUE
Novembre 2015

Schnell, schneller se joue au Théâtre de Lenche jusqu’au 7 novembre

Illustration : Schnell, Schneller / photographie de répétition -c- X-D-R


Théâtre de Lenche
4 Place de Lenche
13002 Marseille
04 91 91 52 22
http://www.theatredelenche.info/