Projection du film de Manon Ott dans le cadre de Films Femmes Méditerranée

De cendres et de braisesVu par Zibeline

Projection du film de Manon Ott dans le cadre de Films Femmes Méditerranée - Zibeline

Le film de Manon Ott a failli s’intituler Encore une nuit à traverser. La réalisatrice a raconté la genèse de son beau De cendres et de braises lors d’une passionnante rencontres avec les spectateurs de La Baleine. Les cités des Mureaux, construites dans les années 1960 pour loger les ouvriers de l’usine voisine de Renault-Flins se réveillent. Peu à peu, comme des lucioles dans la nuit, dans un superbe noir et blanc, s’éclairent des fenêtres où se découpent les silhouettes de ceux qui vivent là, travaillent à l’usine, se battent – on pense aux photos de Michael Wolf – : les habitants des Mureaux qu’on va suivre jusqu’au bout de la nuit. Ce sont leurs paroles, intimes, politiques, poétiques qu’a recueillies, pendant presque dix ans, la réalisatrice/chercheuse accompagnée de Grégory Cohen à l’image et au son. Un documentaire associé à un travail universitaire durant lequel elle a découvert l’histoire des luttes ouvrières et le film de Jean-Pierre Thorn, Oser lutter, oser vaincre, Flins 68, tourné en 1968 pendant l’occupation de l’usine dont on redécouvre quelques images. De cendres et de braises nous permet de parcourir un territoire en pleine mutation et rénovation urbaine. Un film fait de rencontres où chacun livre un fragment de vie. Yannick, un jeune et beau rappeur traverse la nuit, rêvant sur le toit d’une tour de la cité de « casser les barrières invisibles » qui entourent le quartier. Fabienne, établie en 68, parle de cette époque où Flins comptait plus de 20 000 ouvriers, de sa rencontre avec Jamaa et de leur installation aux Mureaux. Les CROMS, trentenaires amis, de leur association pour les jeunes. Momo, assis près d’un feu qui crépite, évoque son passé de braqueur et son engagement politique dans les luttes des banlieues. Monsieur Sako et Monsieur Traoré, anciens ouvriers de Renault, en train de faire griller du maïs sur un feu, leur vie d’usine. Et puis, filmée sur l’eau, Antoinette évoque la vie dure de ses parents, le travail à la chaine, et son combat de femme. Superbe séquence. Alors que telles des monstres, inexorablement, les pinces des pelleteuses découpent les tours et les immeubles. Un film en noir et blanc d’une grande poésie que magnifie la musique d’Akosh S.. Des images qui rompent avec les clichés sur ces quartiers et nous permettent d’approcher ceux qui les habitent.

ANNIE GAVA
Décembre 2019

De cendres et de braises, de Manon Ott, est sorti le 25 septembre (1 h 13)

Photo © Docks 66

Cinéma La Baleine
59 Cours Julien
13006 Marseille
04 13 25 17 17
labaleinemarseille.com