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Question de danse, à Marseille jusqu'au 23 octobre

D’autres danses

• 1 octobre 2015⇒23 octobre 2015 •
Question de danse, à Marseille jusqu'au 23 octobre - Zibeline

Au KLAP de Kelemenis, les questions de danse d’octobre permettent de penser la danse. Toutes les danses, souvent venues d’autres mondes que le contemporain…

La soirée d’ouverture du 1er octobre était une avant-première. Celle de Kaori Ito (en couverture), danseuse remarquable de plusieurs compagnies européennes internationales, et qui questionnait vraiment sa double identité de danseuse contemporaine, et de japonaise. Son centre de gravité rehaussé, éduqué à l’élévation classique, son rapport à son père, sculpteur japonais présent sur scène, à qui elle demandait d’incarner Pina Bausch comme Mickaël Jackson… L’ensemble, fondé sur des moments mal reliés, manquait de cohérence et de force émotionnelle en dépit de la singularité du propos, et de quelques instants de danse désarticulés époustouflants de douleur disant toute la tension d’une culture chorégraphique abandonnée, et comme trahie…

Question de danse est aussi l’occasion de rendre compte au public des temps de création d’un chorégraphe. Une soirée a réuni trois projets qui prennent racine dans le hip hop et interrogent la figure de l’autre. À travers le temps et l’âge dans De(s) générations d’Amala Dianor, chorégraphe-danseur-performeur vivement remarqué au festival Constellations 2014 à Toulon (lire ici) qui se produira en novembre aux Rencontres de danse de Châteauvallon ; à travers les genres dans SEPTeM d’Amine Boussa, danseur autodidacte qui a monté sa compagnie Chriki’z et collabore avec Kader Attou et Andrés Marin ; à travers l’autre comme miroir de soi dans Alt(er) d’Alexandre Lesouëf accueilli en mai dernier en résidence au CDC Les Hivernales à Avignon.

Trois étapes de travail qui montrent la diversité du langage hip hop et ses porosités plus ou moins ténues avec la danse contemporaine. 100% hip hop, 100% féminin, 100% énergique, le septuor d’Amine Boussa laisse perplexe : le parti pris d’une construction en tableaux successifs, du principe de la répétition sur des tempos différents, électriques ou lénifiants, sont de fausses bonnes idées. À vouloir tout dire, tout faire et tout montrer dans une sorte de boulimie compulsive, son propos s’étiole et le spectacle flirte avec la démonstration de force. À contrario, les cinq électrons libres mis en espace par Amala Dianor résonnent parfaitement tout au long de l’extrait, passant de l’état de fusion à celui de la circulation éclatée, de la performance et du challenge propres au hip hop aux figures abstraites. De(s) générations se concentre sur ce qui relie et ce qui unit les êtres par le jeu des regards, les frôlements, les placements. Dans Alt(er), le vocabulaire contemporain a quasiment absorbé le hip hop, lui préférant la narration et la théâtralité. Le quatuor masculin aux visages recouverts de cellophane tombe les masques dans une espèce d’urgence et leur «corps-objet» s’offre à toutes les combinaisons possibles : porté, jeté à terre, soutenu, balancé… En vingt minutes seulement, Alexandre Lesouëf fait montre de maîtrise technique, d’expressivité et de présence.

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI et AGNÈS FRESCHEL
Octobre 2015

Question de danse a lieu jusqu’au 23 octobre au Klap Maison pour la danse, Marseille

Photo : De(s)generation -c- Agnès Mellon


Klap
Maison pour la Danse
5 rue du Petit Versailles
13003 Marseille
04 96 11 11 20
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