Vu par Zibeline

Un magnifique duo en Avignon : Sol Gabetta & Bertrand Chamayou !

D’après un rêve…

• 14 février 2015 •
Un magnifique duo en Avignon : Sol Gabetta & Bertrand Chamayou ! - Zibeline

Le théâtre est plein le samedi 14 février lorsque se faufilent sur la scène avignonnaise deux jeunes et beaux artistes. Elle, svelte silhouette, porte une robe aux tons lunaires qui, lorsqu’elle prend la posture classique des violoncellistes, enveloppe un superbe Guadagnini de 1759 : un instrument rare et propice à la puissante expression de son art ! Lui, d’un noir plus coutumier, s’installe au clavier, d’emblée prêt à jouer à tout-va avec sa blonde partenaire.
Elle ? C’est Sol Gabetta, simplement l’une des plus grands violoncellistes actuelles ! De fait l’artiste rayonne dès les premiers accents beethovéniens des Variations sur « Bei Männern…» de La Flûte enchantée de Mozart. Lui ? C’est Bertrand Chamayou, l’un de nos plus formidables virtuoses français ! Avec précision, il cale ses touches noires ou blanches dans le geste aérien de l’archet féminin et maîtrise l’équilibre cello/piano par un emploi très subtil de la sourdine. Son piano est brillant ; l’entente idéale !

La sonorité puissante du violoncelle passe la rampe sans effort visible. Et l’engagement physique de Gabetta, son allure joueuse font plaisir à voir dans la supra-romantique Sonate n°2 de Mendelssohn que le duo interprète dans un style qui bannit toute mièvrerie, loin du brio facile et salonnard qu’on associe parfois au compositeur de la Marche nuptiale allègrement écorchée par des organistes du dimanche. Sur ses quatre cordes, la musicienne alterne avec un goût sensible des sons vibrés ou « plats », façon « gambiste », à la limite du silence… C’est superbe ! Et quand le chant déchirant du Largo de la Sonate en sol mineur de Chopin se propage du parterre aux balcons, les yeux se mouillent au fil fragile du dialogue qui s’établit entre les instrumentistes. Il faudra trois bis : Rachmaninov, Chostakovitch et Fauré, « Après un rêve » idéalement chanté, pour qu’on se réveille du beau songe et qu’on libère enfin de nos bravos fournis les deux généreux artistes !

JACQUES FRESCHEL
Février 2015
Photo : Sol Gabetta © Marco Borggreve


Opéra-Théâtre du Grand Avignon
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