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Un ours qui danse, une réflexion sur l'art (et la vie) de Vincent Jolit

Danser, par-dessus tout

Un ours qui danse, une réflexion sur l'art (et la vie) de Vincent Jolit - Zibeline

Dans son troisième roman, Vincent Jolit aborde l’univers de la danse. Le titre, Un ours qui danse, renvoie, certes, à une scène du livre, mais surtout à la difficulté de trouver une adéquation entre le corps et la pensée, ou le mouvement juste qui permettra d’exprimer avec le plus d’exactitude possible ce qui nous constitue. En exergue, la citation d’Isadora Duncan donne le ton : « La danseuse de l’avenir sera quelqu’un dont le corps et l’âme auront grandi si harmonieusement de concert que le langage naturel de cette âme sera devenu le mouvement du corps. » Cette harmonie devient l’enjeu des trois histoires qui tressent le roman, mêlant les époques sur un siècle, début du XXe, les années 60 et le XXIe naissant. Une histoire de la danse se dessine à travers les pérégrinations de Fiodor, enfant du cirque, qui suivra les Ballets Russes de Diaghilev, Franz qui fuit à New-York une famille allemande qu’il abhorre, ou encore Françoise qui apprend à s’aimer, malgré son handicap, grâce à la danse. On assiste ainsi à la révolution de la conception de la danse, depuis la remise en cause du formalisme des chorégraphies de Marius Petipa (souverain au Mariinsky), avec l’influence des leçons de théâtre de Stanislavski, la dissidence de Gorski, l’« ouragan » qu’est Isadora Duncan, et sa recherche d’un « mouvement naturel, donc libre, qui, porté par un corps restitué à sa puissance instinctuelle, connecte l’individuel à l’universel ». On suit Nijinski et son interprétation déroutante (à l’époque) de Stravinski, puis la Postmodern dance, et sa remise en question, Martha Graham… La danse dit, raconte, touche, s’inscrit dans les remuements du siècle, art majeur qui ne se contente plus de la simple virtuosité technique. Et, loin des feux de la rampe, il y a la danse pratiquée par tous, qui ne tient pas compte des aptitudes physiques, ni de la beauté formelle, mais permet aux êtres d’accéder à un accord avec eux-mêmes. La réflexion sur l’art est avant tout une réflexion sur la vie, esquissée dans une écriture fluide qui varie les voix et les points de vue avec une subtile intelligence, avec en évidente conclusion : « Dansez, dansez, sinon nous sommes perdus » (Pina Bausch).

MARYVONNE COLOMBANI
Juillet 2016

Un ours qui danse Vincent Jolit
Éditions de La Martinière, 20 €

Sortie nationale en librairie le 18 août 2016.