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Vu par Zibeline

Le redoutable Violin Concerto de Balanchine par les Ballets de Monte Carlo

Danser l’abstraction ?

Le redoutable Violin Concerto de Balanchine par les Ballets de Monte Carlo - Zibeline

Les Ballets de Monte Carlo font sans doute partie des rares formations à être capables de danser avec une telle éloquence l’académisme rigoureux d’un Balanchine, et son redoutable Violin Concerto. Sa grammaire néo-classique était rendue avec une précision de métronome, assortie d’un supplément d’âme, qui accordait au brillant des interprètes une certaine distanciation jubilatoire, qui s’emparait avec humour des références à la comédie musicale américaine. La géographie quasi mathématique des différents tableautins tisse des échos entre les « quintettes », les ensembles, et sublime les deux pas de deux qui savent rendre une puissante émotion, déclinant tous les registres. À la pièce baignée de lumière et portée par la musique de Stravinski, les recherches du violon (Liza Kerob), dont la complexité se transcrit dans la danse, répondait un monde en clair-obscur post apocalyptique fondé sur la composition de Bruno Mantovani, (commande du Printemps des Arts de Monaco), Abstract, titre auquel le chorégraphe Jean-Christophe Maillot ajoute le terme Life, soulignant la dichotomie entre l’incarnation de la vie et les concepts abstraits. Le travail du directeur des Ballets, habituellement construit à partir d’improvisations avec ses danseurs, sur des musiques choisies, subit de nouvelles contraintes. Il puise alors dans le vocabulaire chorégraphique élaboré depuis des décennies, et se sépare du lien organique entre gestes et phrases musicales pour s’adapter aux fulgurances, aux tempêtes sonores (magistrale Orchestre Philharmonique de Monte Carlo, avec le violoncelliste soliste Marc Coppey, sous la houlette de Pascal Rophé), aux répétitions qui évoquent des élytres d’insectes, en une tentative de narration (scénographie Aimée Moreni). Superbes mouvements d’ensemble au cœur de jeux de lumière poétiques (Dominique Drillot), transmissions en chaîne, duos, trios, myriade de détails précieux difficiles à appréhender dans leur particularité propre tant le propos est dense. Écartelée entre la recherche d’un sens et une abstraction qui n’en a guère, cette proposition laisse perplexe, bien que séduisante par son indéniable beauté virtuose.

MARYVONNE COLOMBANI
Mai 2018

Spectacle donné du 26 au 29 avril au Grimaldi Forum, Monte-Carlo.

Photo : © Alice Blangero


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