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Retour sur Grand Finale, ou la danse comme arme de résistance

Danser la guerre

Retour sur Grand Finale, ou la danse comme arme de résistance - Zibeline

La dernière pièce d‘Hofesh Shechter, accueillie aux Salins à Martigues, démontre une fois encore la force artistique du chorégraphe musicien. Vivant en Angleterre mais formé en Israël à la Batsheva Dance Company par Ohad Naharin, il a emprunté au maître sa technique qui libère les corps et les amène vers une vitesse et une résistance folles. Mais on retrouve aussi dans sa danse, décuplée, la force contestataire d’un exilé, désormais citoyen anglais, qui critique directement la politique de guerre de l’État israélien.

Affichant des drapeaux rouges et des poings levés, ses chorégraphies précédentes étaient sans ambiguïté. Grand Finale va plus loin encore, avec ces corps qui s’écroulent sous des impacts invisibles, les cadavres qu’on traîne, les murs qui séparent les groupes ou accueillent les lamentations, les danses folkloriques yiddish esquissées puis brisées comme une identité qu’on peine à endosser, les musiciens classiques qui, comme sur le Titanic, jouent une musique romantique qui n’a plus de sens, et disparaissent sous les nappes électroniques. Grand Finale tout entier est apocalyptique.

Les danseurs tentent parfois de sortir du mouvement qui les écrase et se remettent debout, de dos, écoutant la musique comme un appel lointain du passé. Puis ils repartent, dos courbés, nuques pesantes, bras qui peinent à s’ouvrir, comme emportés par une marée sombre. Les couleurs ont disparu, la détente, le contact, il n’y a plus de larmes. Les seules danses de couples se partagent avec des cadavres inertes, dans quelques moments d’émotion poignante.

Tout est parfaitement maîtrisé, les lumières rasantes et froides, les décors mobiles qui créent des recoins, mais les corps sont comme des chevaux rebelles ruant en tous sens, à peine apaisés un instant en musique par la nostalgie d’une Veuve Joyeuse dévoyant ses élans romantiques, et laissant place aux scansions assourdissantes d’une techno mimant le bruit des armes. Jusqu’au bout du souffle, dans un dernier tableau époustouflant, où le groupe parvient à peine à faire masse, mais jamais société.

AGNÈS FRESCHEL
Novembre 2017

Grand Finale a été dansé à la scène nationale des Salins, Martigues, les 6 et 7 octobre

Photo : © Rahi Rezvani


Théâtre des Salins
19 Quai Paul Doumer
13692 Martigues
04 42 49 02 01
www.les-salins.net