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Vu par Zibeline

La nouvelle pièce d'Angelin Preljocaj, Still Life, en création mondiale au Pavillon Noir

Danser avec « Still »

La nouvelle pièce d'Angelin Preljocaj, Still Life, en création mondiale au Pavillon Noir - Zibeline

Le spectacle d’ouverture de saison au Pavillon Noir offrait deux pièces d’Angelin Preljocaj, Un Trait d’Union écrit en 1989 et Still Live, création 2017. À près de trente ans d’écarts, l’esthétique liée à l’art pictural est perceptible, avouée clairement dans la seconde proposition, en filigrane dans la première.

Exister parce que l’autre…

Tout commence par un clair-obscur, dans lequel un homme pousse avec une lenteur étudiée un lourd fauteuil de cuir. Le rai de lumière s’étire, dessine un espace solitaire, intime. Mais un autre personnage entre, avec une chaise… L’altérité imposée, souhaitée, encombrante, dérangeante, aimée… le duo d’hommes de Un Trait d’Union, (pièce entrée au répertoire du Ballet de l’Opéra national de Paris en 2003), demande à ses danseurs d’époustouflantes prouesses physiques que la magie sensible de l’interprétation rend évidentes, nimbant l’ensemble d’une aura mystérieuse. On retient particulièrement l’incroyable porté en planche réitéré avec une précision musculeuse, les corps qu’une espèce de désir violent rapproche et distend. Passion, tendresse, fougue exacerbée… Chacun se découvre, explore les méandres de l’inconscient à travers l’autre, contre, à côté, ensemble… Baptiste Coissieu et Redi Shtylia existent ainsi, puissamment, dans cette quête inlassable d’une vie en relation avec, sur le délicat deuxième mouvement du Concerto pour piano n°5 de Jean-Sébastien Bach par Glenn Gould et le Columbia Symphony Orchestra.

Le Jeu des Vanités

Danser les passions pour en souligner la vacuité… Still Life, nom anglais des natures mortes, s’inspire du genre des Vanités, cultivé essentiellement au XVIIème siècle. Sont représentés par des objets symboliques, la vacuité des passions humaines, le vide des apparences… Les emblèmes du pouvoir, de la richesse, ne sont que de vulgaires hochets, face au temps. Le triomphe de la mort rend tout dérisoire. Ce sont les corps allongés, inertes sur scène des six danseurs qui ouvrent et ferment l’œuvre, construite comme un poème symphonique dédié à l’impermanence. Les chandelles qui bordent peu à peu le plateau rappellent les tableaux de l’âge baroque : toute flamme est appelée à s’éteindre, et l’être se doit au renoncement. La scénographie en épure, laisse sourdre une envoûtante émotion. Tour à tour les artistes miment, deviennent sculptures, ébauches de toile, ici, un combat, là, une joute amoureuse, une tentative de rodomontade, un sarcasme,  là encore des crânes, des globes, des sabres, des couronnes de papier, futiles ;  les sabliers égrènent impitoyables leur charge de sable, les têtes disparaissent dans des cubes blancs, en un tableau surréaliste. Passages au ralenti, accélérations soudaines, unissons incroyablement complexes à six, se croisent, sur les compositions d’Alva Noto et Ryuichi Sakamoto. Fulgurances qui approfondissent les silences avec des corps qui, en trente ans, sont devenus plus souples, élastiques, affirmant leur présence ou devenant étrangement fantomatiques. Angelin Preljocaj signe encore une chorégraphie léchée, peuplée de réminiscences…

MARYVONNE COLOMBANI
Septembre 2017

Spectacle donné du 21 au 23 septembre, Pavillon Noir, Aix-en-Provence

Photographie : Still Life © Jean-Claude Carbonne


Pavillon Noir / Ballet Preljocaj
530 avenue Mozart
13627 Aix-en-Provence
08 11 02 01 11
http://www.preljocaj.org/