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Vu par Zibeline

Dansem, une programmation à la mesure de ses ambitions

Dansem, ou l’hypnose

• 6 novembre 2014⇒16 décembre 2014 •
Dansem, une programmation à la mesure de ses ambitions - Zibeline

On avait peur que, faute de moyens consolidés, le festival ne puisse pas programmer à la mesure de ses ambitions. Il n’en est rien !

Après Appaix, Dubois, Costanzo Martini (voir  www.journalzibeline.fr/critique/deux-martini), Dansem a programmé deux créations hypnotiques du chorégraphe italien Alessandro Sciarroni. Untitled, présenté au Pavillon Noir, s’adresse à tous les publics et met en scène du pur jonglage. Joseph_Kids, joué au théâtre Massalia, est un spectacle pour enfants, mêlant chorégraphie et multimédia.

Untitled, œuvre déroutante, est pleinement aboutie. Quatre hommes entrent en scène tenant une massue en main. Pendant plus d’une minute, rien ne se passe. Immobilité et silence. Puis un jongleur lance sa massue et la rattrape. Le «tac» de l’objet heurtant sa main marque le rythme. Ses trois compagnons l’imitent, les «tac» s’entremêlent, puis se mettent à l’unisson. La chorégraphie est en marche et l’harmonie se dessine, toujours plus élaborée. Un musicien sur le plateau accompagne la performance. Les jongleurs prennent chacun trois, puis quatre massues et défient la gravité. Leur danse, mécanique et fluide, mène à cette éphémère victoire, ce temps-là où la matière ne tombe pas. Le rythme de la musique électronique s’accélère. Dans une transe hypnotique, de fragiles robots humains jouent. Un flot d’objets suspendus plane au-dessus d’eux, réalisant l’impossible.

L’interprète de Joseph_Kids s’amuse lui aussi avec la réalité. Seul face à son ordinateur, il branche sa webcam vers les spectateurs. L’image se reflète au lointain et le danseur joue avec les effets de sa caméra : torsion, déformation, dédoublement. Il bouge devant l’objectif, malaxe son image et la nôtre. Le jeune public apprécie l’interaction : le spectacle n’est pas sur scène mais sur cet écran-miroir, drôle et envoûtant, que l’on quitte à regret après une courte demi-heure.

Très dansé, le Robinson de Michele di Stefano présenté à La Friche déçoit un peu. Non parce que cela danse, justement, mais parce que les interprètes ne sont pas à la hauteur du langage. Lorsque le propos est fort, la proposition déroutante, les fautes de pieds, les tours à l’envers importent peu. Mais ce Robinson fait danser en lignes 5 interprètes qui peinent à nous entraîner dans leurs boucles répétitives, tant leurs décalages retiennent le regard. Quant au propos, quel est-il ? L’Île, Crusoé, Tournier ? La pièce hésite entre narratif et symbolique, pour s’orienter une thématique peu lisible : la solitude ? ses multiplications ? On perd le fil !

Avec Tordre aussi on perd prise. On se noie, on décroche, on s’oublie. Rachid Ouramdane a conçu sa pièce comme une succession de moments inconstruits, comme une rencontre avec deux jeunes femmes qui offrent sans fard aux regards leurs distorsions. L’une a une prothèse de bras, à découvert, et sa grâce est infinie. Elle articule les mots et la musique de Feelings de tout son corps, donnant à lire des émotions que l’on reçoit de plein fouet. L’autre tourne ; comme un derviche, sans arrêt, longtemps, en variant, accélérant, dessinant des lignes avec ses bras, leur ombre, sa tête, son buste. L’hypnose nous prend, la transe emporte, puis elles concluent par un petit duo de comédie musicale, léger, pour nous faire doucement atterrir…

JAN CYRIL SALEMI et AGNÈS FRESCHEL
Décembre 2014

Dansem se poursuit jusqu’au 16 décembre : www.journalzibeline.fr/programme/dansem-sur-tous-les-plateaux/

Photo : Joseph_kids,-A.-Sciarroni-c-Futura-Tittaferrante


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