La performance Histoires de peintures d'Aurélie Gandit, une traversée dansée subtile et intelligente des textes de Daniel Arasse

Danse sur la page blancheVu par Zibeline

• 10 octobre 2014 •
La performance Histoires de peintures d'Aurélie Gandit, une traversée dansée subtile et intelligente des textes de Daniel Arasse - Zibeline

Programmée dans le cadre du Parcours de l’Art, Aurélie Gandit a offert au Centre de Développement Chorégraphique les Hivernales une passionnante et originale leçon de peinture dansée et de dialogue entre les arts.

Carré blanc sur fond blanc, la danseuse vêtue de noir s’imprègne des mots enregistrés en voix off, la sienne, issus d’extraits piochés dans les conférences radiophoniques Histoires de peintures de l’historien d’art Daniel Arasse sur France Culture. Elle met en mouvements, très référencés, subtils, précis, les sensations que l’historien «ose» décrire en commentant ses œuvres «préférées», «la mise en forme du monde» imaginée par les peintres sur les six siècles d’histoire de la peinture qu’il a analysés brillamment.
«Je suis un révélateur de l’espace entre son propre regard et la peinture», explique à l’issue de sa performance la danseuse également diplômée d’art, devant une classe de 2de option danse, déstabilisée mais visiblement sensible à la proposition. «Bientôt ça sera à vous de conceptualiser, de mettre du sens à votre danse !»
Aurélie Gandit suggère plutôt qu’elle n’illustre, fait siennes, par le mouvement, les émotions que le silence de la peinture procure, la qualité d’attention que demandent le coloris d’une œuvre et la densité de pensée de son auteur.  Le Verrou de Fragonard, l’Origine du monde de Courbet, la Chambre des époux de Mantegna… sont retranscrits par le corps de l’interprète, par un détail, un geste, un regard, une figure. À nous de mettre des couleurs, d’imaginer les cadres, les perspectives, le sens. «La peinture passe par la tête» insistait Arasse… la démonstration d’Aurélie Gandit confirme à quel point il est subjuguant de découvrir l’effet des mots sur le corps, et la force de notre imaginaire pour créer, à partir de sa page blanche habitée, ses propres tableaux !
Et au final, le désir indéniable d’aller au musée, pour se laisser saisir à son tour par la peinture !

DELPHINE MICHELANGELI
Octobre 2014

Le solo Histoires de peintures s’est joué au CDC les Hivernales les 10 et 11 octobre

Photo : © Delphine Michelangeli

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