Danse et résilienceVu par Zibeline

 - Zibeline

Danser la guerre, ses violences, les fractures et les tentatives de réconciliation. Avec Borderlines, Panaibra Gabriel Canda transforme les corps en champ de bataille. Chorégraphe incontournable de la scène contemporaine mozambicaine, il s’inspire directement des quatre conflits successifs qui ont ravagé son pays pour écrire une œuvre à portée universelle. Cinq danseurs et danseuses dont une amputée des deux membres inférieurs jouent toutes les calamités des guerres : affrontements, exactions, humiliations, persécutions… Les interprètes s’expriment avec rage et tension, sans ménagement. Les passages évoquant les cheminements vers la reconstruction sont de loin les plus intéressants. La brutalité des mouvements s’estompe au profit de gestes cherchant à dépasser les incompréhensions et la méfiance. L’autre et ses différences, ethniques, claniques ou religieuses, ne sont plus perçus et vécus comme une offense mais comme un apport nécessaire pour atteindre un équilibre et viser l’harmonie. Du chaos surgit le dépassement des rancœurs comme de soi, l’entraide, l’interdépendance des êtres pour une unité retrouvée.

LUDOVIC TOMAS
Juillet 2021

Photo Borderlines-Panaibra Gabriel Canda © Pierre Gondard

Borderlines a été joué les 6 et 7 juillet, au Théâtre Joliette, dans le cadre du Festival de Marseille