Vu par Zibeline

Tesseract, film stéréoscopique 3D de Charles Atlas, entre danse et arts visuels

Danse en 5 dimensions

• 12 avril 2017⇒23 juillet 2017 •
Tesseract, film stéréoscopique 3D de Charles Atlas, entre danse et arts visuels - Zibeline

Conjuguant haute technologie, virtuosité des danseurs, expressions plastiques, décors inspirés, le film stéréoscopique 3D de science fiction de Charles Atlas, Tesseract, enrobe le spectateur d’une illusion troublante. Une expérience immersive radicale.

Charles Atlas et marseille objectif DansE, c’est déjà une vieille histoire déjà, puisque toutes ses œuvres filmiques et vidéographiques réalisées au cours de sa collaboration avec Merce Cunningham ont été présentées au fil des 30 saisons passées. Avec Triangle France, c’est pourtant une première à double titre : première collaboration entre l’association marseillaise, coproductrice de l’événement, et le pionnier de la synthèse entre images-mouvement, arts visuels, technologie et performance ; et première œuvre de « danse média » réalisée depuis dix ans par Charles Atlas. L’artiste américain sort de son silence avec Tesseract, une œuvre totale, vertigineuse dans son expérimentation, déstabilisante par sa profusion d’images et de sons, enivrante par sa composition rythmique.

Six chapitres architecturent ce conte virtuel, cinématographique, plastique et chorégraphique inspiré d’un « objet mathématique impossible à créer dans un monde en trois dimensions, si ce n’est par simulation ». Un cube en quatre dimensions, cinq si l’on ajoute le temps, qui devient presque tactile grâce à l’ingéniosité et à la haute technologie mises en œuvre par Charles Atlas et son équipe. Dans un espace scénique décuplé à l’infini, les visages et les membres des danseurs sortent du cadre jusqu’à frôler le spectateur muni de lunettes spéciales ; l’écran redessine ses contours passant du format paysage au carré absolu ; les mouvements de caméra désorientent le sens de l’espace ; les figures métaphysiques propres à Merce Cunningham côtoient des scènes effervescentes et polychromes dans lesquelles évoluent des corps enveloppés de combinaisons floquées ; le décor géométrique inspiré des scénographies d’Oskar Schlemmer rivalise de perfection avec celui de Dune de l’écrivain Frank Herbert… Indéfinissable par un esprit cartésien, Tesseract est un ovni formel qui fait appel aux fonctions cognitives du public projeté tour à tour dans une cité lunaire, des univers cinétiques, des installations hybrides, un tête-à-queue du ciel et de la terre. Et toujours, dans ce charivari, d’exceptionnels danseurs : des faunes libres tels Rashaun Mitchell et Silas Reiner, compagnons de route de Merce Cunningham et co-auteurs du projet. À l’image du chorégraphe américain, Charles Atlas repousse les limites de la création en modélisant cet « objet mathématique » sur un écran panoramique, dans une fiction filmée à grandes enjambées : de mouvements amples en plans rapprochés, la caméra fouille la chorégraphie dans une mise en abîme infinie. Figures fantomatiques noyées dans un brouillard sensoriel, silhouettes sculptées par une lumière orange dans un désert brûlant, images diffractées, duo masculin enrubanné d’un écheveau de cordes suspendues… la boucle pourrait recommencer à tout instant pour ne jamais s’arrêter. Comme Merce Cunningham encore, Charles Atlas travaille en binôme avec un compositeur, le guitariste autrichien Fennesz, dont la musique électronique omniprésente joue à armes égales avec toutes les matières. Additionnées les unes aux autres, les séquences forment un ensemble éclectique mais homogène, une virée interstellaire délirante et jubilatoire. Tesseract nous terrasse avec notre bénédiction, un comble !

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Mai 2017

Tesseract

Charles Atlas, en collaboration avec Rashaun Mitchell et Silas Reiner

Production EMPAC, co-commanditée par EMPAC et Triangle France, présentée par Triangle France et marseille objectif DansE en partenariat avec le [MAC], Musée d’art contemporain de Marseille et la Friche la Belle de Mai.

jusqu’au 23 juillet
Tour-Panorama, Friche de la Belle de Mai, Marseille

Photo : Visuel de production © Empac


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