The sea is behind d'Hicham Lasri au 13ème Africapt : "être heureux à la manière des hommes libres"

Dans un pays sans couleurVu par Zibeline

• 6 novembre 2015⇒13 novembre 2015 •
The sea is behind d'Hicham Lasri au 13ème Africapt :

Une main enchaînée à une grille, un homme violemment agressé dans une rue sous les yeux de deux femmes figées, une carriole tirée par un cheval à bout de forces, un homme usé qui peigne sa crinière, des images en un noir et blanc superbe… Le troisième long métrage de Hicham Lasri, The sea is behind, raconte l’histoire d’une bande de troubadours qui, à partir du moment où le cheval s’arrête de tirer la carriole, perdant son gagne pain, ne voit plus comment continuer. « Raconter une vie qui s’arrête. Raconter la vie de ces laissés- pour- compte, la tragédie de ces personnages sans vie. Filmer cette latence, ce temps suspendu » tel est le pari de ce cinéaste passionné par la forme et l’écriture cinématographiques.

Son personnage principal, Tarik (Malek Akhmiss), un troubadour de l’ H’Dya, qui se grime en femme pour danser sur une carriole, à l’occasion  des cérémonies de mariage, se fait régulièrement traiter de « pédé » et agresser dans ce « pays sans couleur. Où les gens sont à l’envers, où l’eau, touchée par un étrange phénomène provoquant des « bugs » contamine tout. Un monde où l’homosexualité est une transgression ». C’est un homme replié dans son mutisme et sa passivité, qui n’arrive plus à ressentir aucune émotion, un père, meurtri, qui n’a pas réussi à pleurer la mort de ses enfants.

Difficile de dire avec des mots les images de ce film singulier, dont les plans fonctionnent en échos, en motifs qui se répètent. Un film où on ne repère pas vraiment ni les lieux, ni le temps, sans doute pour pouvoir accéder à l’universel. Il faut sortir du cadre, se laisser entrainer dans le sillage de ces marginaux, accepter les images qui dérangent, les mots qui bousculent, le bug de l’eau qui pixelise les cravates, s’évader de la vie ordinaire pour accompagner Tarik, d’une ville en pleine décomposition, jusqu’à la mer qui, tout à coup, reprend des couleurs.

Le cinéma de Hicham Lasri, fait de sensations, est un cinéma qui laisse des traces. Comment oublier ce plan où, soudain, la caméra semble se mettre à respirer ?

Ainsi, pendant deux heures, nous « pouvons être heureux à la manière des hommes libres. »

ANNIE GAVA
Novembre 2015

Ecouter l’interview de Hicham Lasri sur WRZ ici

The sea is behind a été projeté lors de la 13ème édition d’Africapt (6 au 13 novembre 2015) au Cinemovidad Apt, en présence de son réalisateur, Hicham Lasri. Il sortira en salle fin 2015.

 

Photo: La Prod

 

Festival des Cinémas d’Afrique du Pays d’Apt
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84400 Apt
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http://www.africapt-festival.fr/