Vu par Zibeline

Exposition "La révolution permanente" à la Fondation Vasarely d’Aix-en-Provence

Dans son mouvement même

• 7 juin 2019⇒20 octobre 2019 •

Cinq lamelles d’aluminium dansent en hauteur, au gré des courants d’air, projetant, selon les orientations de l’instant, leurs ombres mouvantes, noires et floues, sur deux murs blancs (Bruno Munari). Au sol, une « boite à lumière », munie d’un moteur, est posée à la verticale. Toute sa surface est tramée par le mot « mouvement », répété neuf fois, qui s’éclaire, s’estompe, miroite, semble flotter à différentes profondeurs (Horacio Garcia Rossi). Plus loin, sur un moniteur vidéo encastré dans une cloison, des géométries abstraites, calligraphiques, blanches sur fond noir, apparaissent, se développent, disparaissent (Viking Eggeling). Une deuxième salle est entièrement dédiée à une peinture murale monumentale, abstraite et flashy (inspirée d’une scène de Shining, le film de Stanley Kubrick). Des couleurs oranges, blanches, rouges, vertes, partent de la gauche à toute vitesse, sous forme de lignes horizontales, les unes au-dessus des autres, qui, plus loin, dans leur arrêt soudain, génèrent des motifs octogonaux, accompagnés d’un effet de profondeur et de basculement impressionnant (Philippe Decrauzat). Cet enchainement d’œuvres, placé au début de l’exposition, semble résumer les dynamiques fondamentales de la plastique optique et cinétique : temporalité-spatialité, matérialité-virtualité, stabilité-mouvement. Et annonce la suite.

Une question de point de vue

On se retrouve dans la troisième salle devant des tableaux où la toile est remplacée par une multitude de fines lamelles verticales colorées (Carlos Cruz-Díez), ou bien blanches et torsadées sur fond noir (Walter Leblanc), ou encore par de minuscules tiges de métal en T, peintes et plantées à l’horizontale dans de soigneux alignements millimétrés (Jesús Rafael Soto). Lorsqu’on bouge en les regardant, des couleurs inattendues apparaissent, des anamorphoses, des vibrations de surfaces et de profondeurs. On peut aussi rester statique, et contempler, face à des œuvres elles-mêmes en mouvement, les transformations visqueuses infinies s’opérant à l’intérieur d’une poche en plastique remplie d’huile de moteur colorée en rouge, prise dans un cadre métallique pouvant tourner sur lui-même (Giovanni Anceschi). Ou les mouvements et respirations douces de l’eau, de l’air et de la lumière, circulant au sein de deux demies-sphères, l’une en aluminium brossé, l’autre en plexiglas (Gyula Kosice).

Même partage entre invitation à la stabilité ou au déplacement du visiteur dans la quatrième et dernière salle. On y trouve des sculptures animées par des mécanismes : une construction verticale en métal chromé, brillante de mille feux, constellée de miroirs circulaires à moteurs (Nicolas Schöffer). Et un cube noir surmonté de six cylindres transparents, cerclés de métal, liant lumières, sons et mouvements (Gregorio Vardanega). Puis d’autres sculptures dont les effets visuels sont activés par la mobilité du point de vue : un très grand carré de tiges métalliques fines et verticales colorées, plantées sur des supports de bois peint, posés au sol (Jesús Rafael Soto). Et une « structure permutationnelle » en carreaux d’acier inox « poli miroir », tout en losanges et angles aigus (Francisco Sobrino). Concluant l’exposition, deux films courts de Xavier Veilhan, qui, à travers de petites scènes mettant en jeu acteurs et objets sculpturaux, témoignent, l’un de son attrait pour le cinétisme et son histoire, l’autre pour la sphère et ses dérivés.

Marc Voiry
Juillet 2019

 

La révolution permanente

jusqu’au 20 octobre

Fondation Vasarely, Aix-en-Provence

04 42 20 01 09 fondationvasarely.org

 

Photo: Carlos Cruz-Diez, Physichromie n°506, 1970. © ADAGP, Paris © Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais Philippe Migeat


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