Vu par ZibelineLes expositions Jean Prouvé Nord Sud et Transmissions à La Friche de l’Escalette

Dans les méandres de l’Escalette

• 2 juillet 2019⇒30 septembre 2019 •
Les expositions Jean Prouvé Nord Sud et Transmissions à La Friche de l’Escalette - Zibeline

Elle a réchappé à l’édification d’un Luna Park et d’un complexe immobilier. Ancienne usine de plomb reconvertie en friche artistique, l’Escalette expose un étonnant patrimoine industriel, le long de la sinueuse route des Goudes.

À l’été 2017, quelques chanceux avaient eu le loisir de découvrir une exposition sous forme d’oxymore en cette ère d’Anthropocène, Utopie Plastic, regroupant de poétiques unités d’habitat temporaire des années 50. Un aperçu de la passion fiévreuse qui anime Éric Touchaleaume, propriétaire de la Friche de l’Escalette depuis 2011. Auto proclamé « chasseur de mobilier Prouvé », il a sillonné les anciennes colonies pendant 20 ans pour racheter des éléments originaux imaginés par Jean Prouvé, Le Corbusier ou Charlotte Perriand. Retapés par les soins de son équipe dans ses ateliers parisiens, qui prennent soin de conserver les éléments d’origine (piliers, placage en métal, toiture…), ces modules sont ensuite revendus, notamment dans les pays sismiques. Intarissable sur la tôle pliée de Jean Prouvé, comme sur le concept de portique porteur mis au point par Pierre Jeanneret, le collectionneur caresse le rêve secret de bâtir un campement sur une île, avec 6 unités ainsi restylisées. En attendant, deux modules conçus par Prouvé sont désormais à demeure sur le site de l’Escalette : le Bungalow du Cameroun, habitat en aluminium destiné aux pays tropicaux, actuellement en travaux pour se muer en habitation de loisir ; et le Pavillon 6×9, initialement pensé pour les sinistrés de Lorraine en 1944, désormais voué à devenir pièce de lecture et atelier d’artiste. 

Terrils et herbes folles 

Ces témoins du Modernisme prennent naturellement place dans un cadre somptueux de bout du monde. Entre collines et mer, le paysage idyllique ne doit toutefois pas évincer une réalité moins riante : active de 1851 à 1925, l’usine était à la fin du XIXe siècle le premier producteur de plomb en France. 1,5 millions d’euros sont désormais nécessaires pour dépolluer le vallon voisin, propriété du Conseil Départemental, sur lequel persistent d’anciens terrils, « le plus gros dépôt de scories des Calanques » selon Eric Touchaleaume. Souvenir d’une époque où pas moins de 8 usines étaient en activité sur cette portion de littoral reliant La Madrague Montredon aux Calanques. Du côté de l’Escalette, les travaux de réhabilitation vont bientôt démarrer, visant à consolider les ruines pour les pérenniser en l’état. L’objectif étant d’exposer à ciel ouvert un précieux patrimoine industriel, tout en valorisant la végétation qui a repris ses droits au fil des décennies : figuiers géants, salsepareille, ciste, câprier sauvage, se délient par-dessus les cheminées rampantes comme dans l’intérieur des fours. En projet, une salle d’expositions, dans les anciens bassins de stockage de minerais. 

Extension du domaine de la visite

Depuis 2016, la Friche propose quotidiennement 4 visites guidées gratuites, assurées par les étudiants de l’école d’architecture. À l’issue d’une procédure judiciaire de 7 ans, les trois hectares du site sont désormais accessibles au public. En sus de cette extension du domaine de la visite, l’Escalette accueille cet été une œuvre de la plasticienne franco gabonaise Myriam Mihindou. Créée en 2018 pour la chapelle Picasso de Vallauris, l’installation Transmissions se déploie ici sur les branches d’un placide pin géant surplombant la Méditerranée. Confectionnées avec l’aide de spécialistes des émaux de Vallauris, onze « canes sensorielles » se balancent indolemment dans ses branches. Évoquant bâton de parole comme fourche de sourcier, elles se muent en serpents, hippocampes ou tubercules selon la lumière du jour teintant leurs reflets chamarrés. Ces ex-voto créent un espace méditatif dominant l’Azur, ceint du vert des collines et de la force tellurique des minéraux environnants. À l’occasion de Manifesta en 2020, l’Escalette offrira une carte blanche à l’artiste, qui prévoit de travailler sur les ombres portées avec le céramiste aubagnais Ravel.

JULIE BORDENAVE
Juillet 2019

Jean Prouvé Nord Sud et Transmissions
jusqu’au 30 septembre, visites sur rendez-vous
La Friche de l’Escalette, Marseille
friche-escalette.com

 

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