Vu par Zibeline

Un film kényan au 15e Festival des Cinémas d’Afrique du Pays d’Apt

Dans les limbes

• 10 novembre 2017⇒17 novembre 2017 •
Un film kényan au 15e Festival des Cinémas d’Afrique du Pays d’Apt - Zibeline

Une prairie désertique. Une femme vêtue de blanc au milieu de nulle part. En gros plan son visage, yeux hallucinés. Elle se met en marche, franchit une passerelle et arrive dans un lieu étrange où elle découvre, affichés, un emploi du temps et une liste de  « résidents ». Où est – elle. ? Ni elle, ni nous, le savons. Des gens qu’elle croise, en train de jouer,  lui annoncent qu’elle est là car elle est morte. Tentant alors de s’enfuir, elle se heurte à un mur de verre, invisible. Impossible de quitter ce lieu. C’est par ces scènes étranges que démarre Kati kati, le premier long métrage du réalisateur kényan, Mbithi Masya. Kati kati, en kiswahili, veut dire  » entre deux « .  Cette femme qui ne sait ni comment elle est arrivée là, ni comment elle est morte, c’est Kaleche (Nyokabi Gethaiga). Très vite, elle essaie de connaitre le passé de ceux qui l’entourent, de savoir comment ils sont morts. « Ce serait plus facile si tu ne questionnais pas tout ! » lui dit-on. L’un, mort en  1996, séjourne depuis six mois seulement dans cette sorte d’hôtel touristique avec piscine. Un autre  a laissé trois enfants. Le plus vieux d’entre eux, King, peintre qui peint toujours le même paysage, est un ancien prêtre. Il a laissé seuls face à l’agression  politique les habitants de son village, leur refusant l’accès à l’église où ils voulaient se réfugier et les a ainsi livrés à la mort. Tous ici doivent affronter leurs démons, et, quand ils acceptent leur culpabilité et  assument leurs fautes, ils voient leur peau se couvrir de taches blanchâtres, signe qu’ils avancent et vont sortir de ce « purgatoire ». Le chef de ces limbes est Thoma (Elsaphan Njora) qui aide Kaleche à s’habituer à ce séjour forcé : un soir,  lorsqu’il joue un air au piano, Kaleche reconnait la mélodie et chante… Des bribes de souvenirs. Peut-être le début d’une échappatoire.

On l’aura compris ; ce film déroutant et aux plans très maitrisés, est à la fois une méditation sur la vie et la mort, une réflexion sur la nécessité de s’interroger sur ses choix, d’assumer ses erreurs et reconnaitre sa culpabilité pour sortir de l’enfermement. Peut-être aussi une parabole sur l’histoire récente du Kenya.

Annie GAVA

Novembre 2017

Kati kati de Mbithi Masya était programmé au 15e Festival des Cinémas d’Afrique du Pays d’Apt du 10 au 17 novembre 2017

© One Fine Day Films


Festival des Cinémas d’Afrique du Pays d’Apt
12 place Jules Ferry
84400 Apt
07 82 64 84 99
http://www.africapt-festival.fr/