Derviches tourneurs et Eleonore Fourniau à La Croisée des Arts

Dans le tournoiement du mondeVu par Zibeline

Derviches tourneurs et Eleonore Fourniau à La Croisée des Arts - Zibeline

Le Chantier de Correns, ce lieu assez unique de création, de réflexion et de transmission des musiques du monde, musardait en un double concert buissonnier à la Croisée des Arts de Saint-Maximin-la-Sainte-Baume. D’abord, nous était donné à entendre et voir le chant spirituel des Mevlevis (confrérie religieuse de l’ordre des Soufis, fondé au XIIIe siècle à Konya) et leur danse, « Sema », dont la « chorégraphie » semble transformer en toupie ses exécutants. Pas de spectacle destiné aux touristes, mais une prestation empreinte d’une dimension spirituelle profonde dont l’ésotérisme était rendu perceptible grâce à la conférence préparatoire qui nous donnait les clés d’écoute et de vue : la danse des derviches tourneurs a une valeur sacrée, le chapeau de feutre marron symbolise la pierre tombale, le manteau noir que le derviche enlève avant de danser (de pivoter ?), la tombe, la robe blanche tournoyante, le linceul. La mort apparaît comme un évènement joyeux. Abandonnant avec le manteau son ego, le danseur est enfin capable d’élever son âme en véritables noces mystiques au son du ney, flûte de roseau qui représente l’élévation de l’âme vers l’univers… Puis, réunis autour de la magnifique chanteuse Eleonore Fourniau (chant, vielle à roue, saz), Ersoj Kazimov (percussions), Efren Lopez (saz, oud, rubab afgan), Emrah Kaptan (basse sans frettes, contrebasse) interprétaient un florilège de chants traditionnels, sacrés ou profanes composés sur des textes de grands poètes de la littérature kurde, Sait Yusif, Sait Gabarî et d’Asik Veysel (immense troubadour turc), passant avec aisance d’un tempo à l’autre, lamentation sans mesure, chant du rossignol, le « bulbul » au nom amoureusement réitéré, mélodies d’amour terrestre ou céleste, se glissant dans les langues des divers pays où vit le peuple kurde (Irak, Iran, Syrie, Turquie), leurs particularités. L’instrumentarium emprunte à l’Orient et à l’Occident, fusion subtile et virtuose qui permet l’éclosion d’un duo en catalan, retourne à une inspiration macédonienne, s’emporte dans les voltes agiles de danses kurdes… Émerveillements !

MARYVONNE COLOMBANI
Janvier 2022

Spectacle donné le 21 janvier à la Croisée des Arts, Saint-Maximin-la-Sainte-Baume

Photographie © le Chantier

La Croisée des arts
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83470 Saint-Maximin la Sainte-Baume
04 94 86 18 90
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