« La plus secrète mémoire des hommes » de Mohamed Mbougar Sarr, prix Goncourt, est à lire aux Éditions Philippe Rey

Dans le labyrintheLu par Zibeline

« La plus secrète mémoire des hommes » de Mohamed Mbougar Sarr, prix Goncourt, est à lire aux Éditions Philippe Rey - Zibeline

Cent ans après René Maran, distingué pour Batouala, voici que le prix Goncourt vient d’être à nouveau décerné à un écrivain noir, africain cette fois. On n’insistera ni sur la jeunesse de son auteur Mohamed Mbougar Sarr (31 ans), ni sur l’ « encouragement à la francophonie » que constitue cette récompense prestigieuse, ni sur le fait que soient aussi distinguées deux petites maisons d’édition indépendantes, l’une française, Philippe Rey, l’autre sénégalaise, Jimsaan. Tout cela a été abondamment commenté depuis la proclamation du prix. Alors que dire de La plus secrète mémoire des hommes ? Que ce titre -une citation de Roberto Bolaño- l’inscrit d’emblée dans les traces des grands écrivains de notre temps ? Que sa dédicace à Yambo Ouologuem (un écrivain malien dont l’histoire a inspiré le personnage d’Elimane) rend hommage aux auteurs tombés dans l’oubli ? Qu’il serait vain de vouloir dire de quoi parle cet épais roman, car, comme le déclare un romancier ami du narrateur, « un grand livre ne parle jamais que de rien, et pourtant, tout y est. » ? L’intrigue de base, il y en a une cependant. Été 2018 : Diégane Faye, le narrateur, apprenti écrivain en panne d’inspiration (alter ego fictif de l’auteur, c’est lui-même qui l’a précisé) découvre Le labyrinthe de l’inhumain, écrit dans les années trente par un certain TC Elimane. Choc ! Il n’a alors de cesse que de partir à la recherche de cet écrivain disparu, resté muet depuis cet unique chef-d’œuvre. Sa quête le fera voyager, dans le temps comme dans l’espace, et démêler peu à peu les fils d’un destin hors normes. Hors normes, cette fiction l’est également, qui invite à se perdre dans le labyrinthe des textes -journal intime, reportages, critiques littéraires, récits, « biographèmes »…- et des voix qui le hantent. On y croise des écrivain·e·s, comme autant de guides (intellectuels et très charnels aussi) sur la route qui conduira Diégane à l’écriture. Car c’est de tout cela que se nourrit « la secrète mémoire des hommes », de vie et de littérature. Écrire ? Ne pas (ne plus) écrire ? Comment trouver sa voix ? Les grands écrivains ne sont-ils que d’habiles plagiaires ? Toutes ces questions, et bien d’autres encore, sont posées dans ce roman foisonnant et subtil… qui se garde bien d’y répondre. Et c’est une de ses forces.

FRED ROBERT
Décembre 2021

La plus secrète mémoire des hommes de Mohamed Mbougar Sarr
Éditions Philippe Rey/ Jimsaan, 22 €