Vu par Zibeline

Gaspard Dehaene à La Roque d’Anthéron, opérante magie

Dans la cour des grands

Gaspard Dehaene à La Roque d’Anthéron, opérante magie - Zibeline

En représentation de fin d’après-midi, dans la chaleur étouffante de ce début d’août, Gaspard Dehaene donnait un concert d’une élégante finesse dont le programme encadrait la Phantasiestücke op. 12 de Schumann d’œuvres de Richard Wagner. Légèreté poétique quasi éthérée de la Sonate en la bémol majeur WWV85, que le compositeur de Bayreuth offrit en juin 1853 à la poétesse Mathilde Wesendonck, épouse d’une riche industriel qui l’hébergea. La partition porte en exergue la phrase ambiguë « Wißt ihr wie das wird ? » (Savez-vous ce qu’il adviendra de nous ?)… Les notes se fondent dans l’air du soir, accompagnées du chant insistant des cigales. Délicate beauté qui habite ensuite les huit pièces pour piano de Robert Schumann inspirées de l’ouvrage en quatre parties de Theodor Amadeus Hoffmann (celui-là même des Contes) Pièces de fantaisie à la manière de Callot. Le sens du fantastique du graveur du XVIIème imprègne les textes, dont la musique de Schumann se nourrit ici, netteté des eaux fortes, fluidité, dans une narration enlevée qui cultive ruptures, mises en haleine, surprises, changements de ton, de registres, le tout moulé en une pâte romantique aux élans aériens. La transcription par Liszt de l’air final de l’opéra Tristan und Isolde, fidèle au fil mélodique de Wagner, est d’une grande difficulté technique et pianistique, avec ses enchevêtrements de thèmes, ses trémolos, ses arpèges, ses doubles croches ternaires… En un jeu parfaitement articulé, qui sait trouver un équilibre entre puissance et expressivité, le jeune pianiste accordait une couleur poignante aux accents de la Mort d’Isolde, et dans l’apaisement final nous rappelait le titre original, Isoldes Liebstod (Transfiguration d’Isolde). L’ouverture de Tannhaüser dont la grandiloquence initiale ne correspondait pas vraiment au talent de Gaspard Dehaene, lui permettait  dans sa seconde partie de faire éclore son jeu limpide, émouvant, et sa manière si belle de nous faire entendre le silence. En bis, comme un cadeau, résonnaient les rythmes de la Mélodie hongroise D. 817 de Schubert. Délices d’été…

MARYVONNE COLOMBANI
Août 2018

Concert donné le 2 août au Parc du château de Florans, dans le cadre du Festival International de piano de La Roque d’Anthéron.

Photographie : Dehaene © Christophe GREMIOT