Une danse macabre pleine de vie orchestrée par Jan Fabre pour Antony Rizzi...

Dancing PharmacyVu par Zibeline

Une danse macabre pleine de vie orchestrée par Jan Fabre pour Antony Rizzi... - Zibeline

Des fioles bien alignées en guise de feux de la rampe, un labo-cuisine pour Dr Faust, deux mares à bulles de savon d’où vont naître des arcs-en-ciel et un homme au drôle de chapeau conique de clown ou de magicien blanc qui parle, parle sans cesse et évolue sur ce plateau à la scénographie en devenir. Antony Rizzi longtemps assistant de William Forsythe garde la douceur, la souplesse déliée et les gestes attendus du danseur contemporain canonique dans les improvisations aisées qui émaillent la performance ; le corps se met au service des mots, du texte Drugs kept me alive que Jan Fabre a écrit pour le performeur  autour de sa séropositivité : « Am’I Sick ? Suis-je malade ? » comme leitmotiv de cette danse macabre pleine de vie qui se déploie magistralement à travers la litanie inépuisable des médicaments à ingérer pour rester debout (on découvre avec plaisir la discrète poésie de la ribambelle des génériques  dans la valse des multithérapies ). Le corps est champ de bataille et les grandes bulles irisées que souffle régulièrement le danseur, qu’il sculpte ou avec lesquelles il torée, l’enveloppent de beauté enfantine. La mort rôde et justement avec elle l’énergie vitale, le sexe, l’humour, l’éclat de rire, le débordement, l’excès associés à l’autre versant du mot anglais « drug » ; c’est alors la sarabande des extases et de l’ectasy, « l’ivresse du caméléon » et Rizzi retrouve la franche crudité des pantalonnades dell’arte. Addiction et autodérision tragique : tout est juste et l’exhibition emporte l’adhésion ; la scène mousse au sens propre, l’ébullition chasse l’angoisse pour un temps. La dernière image de l’homme-bulle (la référence à Erasme est explicite) fait mouche : le visage bien rond du danseur posé dans la lumière, à plat sur la table laisse filtrer un sourire qui pour sûr réaffirme que seul l’amour de la vie est incurable !

MARIE JO DHO
Octobre 2016

Drugs kept me alive conçu et écrit par Jan Fabre pour Antony Rizzi a été présenté au Gymnase le 11 octobre dans le cadre de la 16e édition d’Actoral.

Photo : crédit Wonge Bergmann

 

Théâtre du Gymnase
4 rue du Théâtre Français
13001 Marseille
08 2013 2013
http://www.lestheatres.net/