La Dame de Pique de Tchaïkovsky, par Opéras au Sud, fait des débuts remarqués à l'Opéra de Nice

Dame de Pique et Carré d’AsVu par Zibeline

• 28 février 2020⇒5 mars 2020, 21 avril 2020⇒26 avril 2020, 2 octobre 2020⇒9 octobre 2020, 23 octobre 2020⇒25 octobre 2020 •
La Dame de Pique de Tchaïkovsky, par Opéras au Sud, fait des débuts remarqués à l'Opéra de Nice - Zibeline

La nouvelle mise en scène du chef-d’œuvre de Tchaïkovsky par Olivier Py, coproduite par les quatre opéras de la Région Sud, fait des débuts remarqués et remarquables à Nice

Le rapprochement des quatre maisons d’opéras de la Région Sud, Marseille, Nice, Avignon et Toulon, dans le cadre de l’initiative de coopération Opéras au Sud avait déjà accouché du diptyque d’opérettes Pomme d’Api / Le Singe d’une Nuit d’Eté, qui sera donné à Nice et Avignon au printemps (à lire ici). Mais la mutualisation des moyens de production prend toute son ampleur et tout son sens avec cette Dame de Pique créée à Nice cet hiver avant de faire escale à Toulon en avril, puis en début de saison prochaine à Marseille et Avignon.

C’est que la mise en scène d’Olivier Py frappe par son ambition, sa complexité et la minutie de sa direction d‘acteurs. Son décor unique et savamment délabré semble à l’instar du livret osciller entre théâtre et prison. Les costumes de Pierre-André Weitz, en teintes de gris, viennent rappeler à tout instant l’ombre de la mort et condamner la moindre lueur solaire. Seules les lumières de Bertrand Killy viennent rendre une vie chancelante à certaines scènes, comme ce tableau final qui semble issu de Voyage au Bout de l’Enfer. La danse se fraie un chemin dans tous les tableaux ; le rôle de l’excellent Gleb Lyamenkoff rapproche ainsi cette Dame de Pique du Cygne Noir du plus célèbre des ballets de Tchaïkovski. Olivier Py voit dans les deux œuvres le destin tragique d’un amour contre nature, tout comme le compositeur, après un mariage de convenance désastreux, souffrait de dissimuler son homosexualité dans une Russie aussi impitoyable qu’une barre d’immeubles staliniens.

Derrière des portes-fenêtres vandalisées se tiennent les artistes des Chœurs de Nice et Toulon, unis pour l’occasion dans une imposante froideur. En fosse, l’Orchestre Philharmonique de Nice, sous la direction de György Rath, déplore quelques décalages anecdotiques qui n’ôtent rien au caractère majestueusement romantique de l’œuvre, et notamment de sa très belle ouverture.

Si la plupart des solistes sont russes, deux artistes françaises se distinguent particulièrement : la jeune mezzo Eva Zaïcik, aux graves étincelants et à la présence lumineuse à chacune de ses interventions dans les rôles de Pauline et de Milovzor, et Marie-Ange Todorovitch qui derrière son costume de vieillarde fait montre de la chaleur habituelle de sa voix et d’une diction assurée. Parmi les autres seconds rôles, mention spéciale au menaçant Sourine de la basse géorgienne Nika Guliashvili.

Dans le rôle de Lisa, Elena Bezgodkova brille par son aisance dramatique, l’agilité de son timbre et sa maîtrise des nuances. Enfin, Oleg Dolgov campe un Hermann détestable comme il faut, à la ligne vocale solide et à la projection généreuse (le rôle exige de l’endurance !). Deux grandes réussites que le public toulonnais aura bientôt le plaisir d’applaudir !

SUZANNE CANESSA
Mars 2020

À venir

3 et 5 mars
Opéra de Nice
04 92 17 40 79
opera-nice.org

21, 24 et 26 avril
Opéra de Toulon
04 94 93 03 76
operadetoulon.fr

2, 4, 7 et 9 octobre
Opéra de Marseille
04 91 55 11 10
opera.marseille.fr

23 et 25 octobre
Opéra Grand Avignon
04 90 14 26 00
operagrandavignon.fr

Photo © Dominique Jossein