Retour sur le FID Marseille qui a eu lieu du 2 au 8 juillet

D. comme CinémaVu par Zibeline

• 2 juillet 2013⇒8 juillet 2013 •
Retour sur le FID Marseille qui a eu lieu du 2 au 8 juillet - Zibeline

Partir en voyage avec le FID, le Festival International de Cinéma-Marseille, c’est prendre des risques ! Risque d’être agacé, charmé, décontenancé, enthousiasmé… Accepter de ne pas comprendre parfois, de vibrer, de s’ennuyer, d’avoir envie de quitter la salle et de rester malgré tout. Avoir envie de DÉCOUVRIR.

La 24e édition qui s’est tenue du 2 au 8 juillet a démarré en beauté avec le film d’Alexey Fedorchenko, Celestial wives of the meadow Mari (voir sur le site FID sous influence).

Admiratifs…

…devant le ciné-concert In The Land of the Head Hunters, en version restaurée avec une création musicale de Rodolphe Burger, un film de fiction qu’a réalisé le célèbre photographe Edward S. Curtis en 1914. Durant plusieurs mois, il a partagé la vie quotidienne des Kwakiutl (peuple amérindien) puis a mis en scène la quête initiatique et les aventures de Motana, fils du chef Kenada, amoureux d’une jeune fille promise à un sorcier. Les moments où Rodolphe Burger chante et accompagne à la guitare l’approche du cortège nuptial et les danses rituelles sont sublimes.

…devant le film du cinéaste franco-mexicain Matías Meyer, membre du jury International, Los últimos cristeros, sorte de western métaphysique qui donne à voir les dernières semaines des cristeros, ces résistants d’une guerre qui a duré trois ans avec l’État mexicain, de 1926 à 1929, et a fait plus de 250 000 morts. Matías Meyer alterne plans d’ensemble de paysages montagneux ou de la sierra que traversent le colonel Florencio Estrada et ses hommes dont il filme en gros plans les visages émaciés, les regards, l’attente d’un lever de soleil après l’orage, ou la mort. Les dialogues sont le plus souvent des témoignages, et les acteurs, non professionnels, incarnant pour certains le rôle des leurs grands-parents, sont superbes. Une séance en partenariat avec les Rencontres du Cinéma Sud Américain.

Sous le charme

Nurith Aviv interroge sept femmes, dont les philosophes Marie José Mondzain, Barbara Cassin ou la poète Haviva Pedaya, sur les récits des Annonces faites à Hagar, Sarah et Marie, rapportés par l’Ancien et le Nouveau Testament, et le Coran. Voix, photos d’enfances, images en noir et blanc puis en couleur… Elles parlent de leur vécu, de leur interprétation des Annonces, comme des leitmotiv où elles évoquent tour à tour le rôle des femmes, la poésie, le passage de l’idole à l’icône. C’est intelligent et passionnant. Le film était présenté avec la SCAM.

Autres femmes, celles que suit, au Liban durant cinq ans, Corine Shawi dans E muet. Deux d’entre elles parlent de leur vie amoureuse, s’interrogent sur leurs choix, se livrent avec franchise tandis que la troisième s’enferme dans le silence. À travers leurs portraits se dessine aussi, en creux, celui de la réalisatrice, et sa fascination pour ses personnages et leur complicité. Un regard de femme sur les femmes et l’amour.

Dans Mille soleils, une jeune femme, Mati Diop, part sur les traces de Touki Bouki, film réalisé par son oncle Djibril Diop Mambety en 1972 à Dakar, et qui raconte leur histoire ; c’est à un nouveau voyage dans la capitale sénégalaise qu’elle nous convie, mélange subtil de fiction et de réel, histoire de famille, d’exil et de cinéma.

Émus

Ver y Escuchar, voir et entendre, c’est bien ce qu’on fait au cinéma. José Luis Torres Leiva s’est intéressé, lui, à ceux qui ont une perception différente du monde, parce qu’ils sont sourds et/ou aveugles. Tous se parlent, s’interrogent, s’apprennent mutuellement le bruit d’un caillou jeté dans l’eau, la lune, la forme d’une rose. Ils parlent avec leur bouche ou leurs mains dans une grande complicité avec leurs interprètes et avec le cinéaste : on sort très touché de ce film généreux et plein d’humanité.

Dans son dernier film L’Image manquante, Rithy Panh, qui a déjà évoqué le génocide cambodgien sous la dictature des Khmers rouges, se retourne vers son enfance, recréant les images perdues d’un court bonheur familial puis de la tragédie avec des figurines de terre cuite peintes, objets qui portent une âme… On sort sous le choc de ce film présenté en partenariat avec les Actions Culturelles d’ARTE.

On pourrait encore parler d’ Instructions pour une prise d’armes, premier film, réussi, de Laurent Krieff, du joli Hands me downs d’Yto Barrada présenté dans les Sentiers avec Fotokino, de l’étonnant Suitcase of love and shame que Jane Gillooly a réalisé à partir d’une valise contenant des heures d’enregistrement de deux amants, et bien sûr des films du «Saint patron» de la 24e édition, Pier Polo Pasolini. «Ab joy» !

ANNIE GAVA

Juillet 2013

 

PALMARES

Grand prix de la Compétition Internationale : Mille Soleils de Mati DIOP

Mention : From Gulf to gulf de Shaina ANAND et Ashok SUKUMARAN

Grand Prix de la Compétition Française : Loubia Hamra (Haricots rouges) de Narimane MARI

Prix Georges de Beauregard International : Holy Field Holy war de Lech KOWALSKI

Mention : Life span of the objectif in frame d’ Aleksandr BALAGURA

Prix Georges de Beauregard National : La Buissonière de Jean-Baptiste ALAZARD

Prix PREMIER (film) : Sienawka de Marcin MALASZCZAK

Mention spéciale attribuée à Ricardo Bar de Gerardo NAUMANN et Nele WOHLATZ

Prix du GNCR : Holy Field Holy war de Lech KOWALSKI

Mention spéciale : Mille soleils de Mati DIOP

Prix Marseille Espérance : Holy Field Holy war de Lech KOWALSKI

 Mention spéciale : Loubia hamra de Narimane MARI

Prix Renaud Victor : Loubia  Hamra (Haricots rouges) de Narimane MARI

Prix des Rencontres Cinématographiques de Cerbère/ Port-Bou : Instructions pour une prise d’armes de Laurent KRIEF

 

Photo : Annonces de Nurith Aviv