La 12è édition d' Image de Ville s'est achevée le 23 novembre à la Villa Méditerranée

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• 14 novembre 2014⇒23 novembre 2014 •
La 12è édition d' Image de Ville s'est achevée le 23 novembre à la Villa Méditerranée - Zibeline

Depuis deux ans le festival aixois Image de Ville  s’exporte à Marseille. Accueilli cette année à la Villa Méditerranée, il s’est terminé comme il avait commencé, par un ciné concert sur le thème  choisi pour l’édition 2014 : le voyage en ville.

Retour vers le passé

Berlin symphonie d’une grande ville  de Walter Ruttmann accompagné par Jean Yves Laloup avait initié ce voyage, le 14 nov. à la Cité du Livre d’Aix-en-Provence. Les Etudes sur Paris de André Sauvage l’ont terminé, le 23 nov, au son des cordes du quatuor Prima Vista. Deux documentaires muets de 1927 et 1928. Deux itinéraires cinématographiques, très différents, devenus des machines à remonter le temps. La symphonie de Ruttmann (qui mourra sur le front russe après avoir servi le Troisième Reich), exalte en cinq actes, de l’aube à la nuit, l’énergie d’une capitale en plein essor économique, à une époque où le septième art, exprime plus que tout autre, la modernité. Rouages des machines, pulsation de la vie urbaine, trains lancés vers le cœur de Berlin dont quelques années plus tard, il ne restera rien. La balade parisienne de Sauvage (qui mourra agriculteur), prend son temps pour restituer, quartier après quartier, un Paris «en inattendu, en humanité, en beauté», presque champêtre. Lieux de diversité où il fait bon vivre, où adviennent les rencontres graphiques parfois surréalistes entre une bicyclette de policier et un cerceau d’enfant, un crâne découvert et la pointe d’une colonne. Où on pénètre, halé par les chevaux, au rythme des péniches, filant en temps réel sur le Canal St Martin, s’engouffrant sous le Boulevard Richard Lenoir, dans un long tunnel chtonien percé de puits de lumière.

Voyages imaginaires et réels

Cette 12è édition a rappelé que le «voyage en ville», c’est tout à la fois celui qu’on peut faire grâce au cinéma, un «transport en commun» selon Godard, mais aussi celui bien réel que font des millions de touristes pour découvrir des cités utilisant arts et patrimoine comme forces d’attraction.

Le film Centro Historico réalisé pour Guimarães, Capitale de la Culture en 2012, décline cette complexité du voyage. Quatre grands réalisateurs regardent la ville portugaise.  Aki Kaurismäki la voit accrochée aux années 50, à la vieille radio qui pleure du fado, la colore de ses bleus et rouges profonds. Il suit un patron de taverne, taciturne, émouvant, qui rate ses rendez-vous avec son époque, ses clients et sa dulcinée. Pedro Costa, dans un ascenseur d’hôpital, entre un soldat en tenue de combat, immobile comme un jouet et un vieux Capverdien en pyjama, revisite en voix off le voyage-exil de l’émigration. Victor Erice s’intéresse à la mémoire du territoire, nous transportant dans le réfectoire d’une ancienne usine textile devenue friche. Une table, un tabouret, une photo immense au mur représentant ce même réfectoire au temps du plein emploi, des centaines d’ouvriers et ouvrières attablés devant leur bol de soupe, dos au photographe ou face à lui, le visage marqué par la fatigue et la tristesse. Viennent s’asseoir sur le siège les anciens travailleurs, la photo derrière, puis devant eux. Témoignages bouleversants. Quatrième larron,  Manoel de Oliveira s’amuse du renversement de situation : la statue du roi conquérant Afonso Henriques , cernée par des touristes victorieux, Guimarães abandonnée à leurs hordes. Deux jolies blondes, le temps d’un plan, le rendant presque consentant.

Dans le dernier film du très «bressonnien» Eugène Green, La Sapience, un architecte en proie au doute se rend en Italie sur les traces de Borromini et du Bernin. Le voyage ici devient une analyse, une thérapie qui permettent de guérir et de se retrouver.

Les enjeux du voyage

A l’heure où on évalue les retombées économiques de Marseille-Provence 2013, et en pleine crise financière, réfléchir à la place du culturel dans le développement urbain se révèle passionnant. Certaines expériences semblent réussies comme celle de Nantes présentée dans le doc de Dominique Deleuze, Les Machines de l’île. Dans le cadre d’une table ronde, Pierre Orefice, co-fondateur du projet avec François Delarozière a raconté l’aventure participative qui a transformé une zone désertée par la faillite des chantiers navals, en un lieu de vie intergénérationnel, et un drame en chance. Pour autant, les liaisons tourisme-culture ne sont pas sans danger : dérive vers une culture-spectacle vidée de son sens, vers des villes-musées vidées de leur population et de leur âme ( The Venice Syndrome de Andreas Pichler).  La culture n’a pas pour vocation première de promouvoir un territoire mais de fédérer, vivifier, interroger et le voyage ne se limite pas à se nourrir de clichés.

Les débats et les projections ont rencontré un public nombreux, heureux de les dépasser et de se cultiver.

ELISE PADOVANI

Novembre 2014

imagedeville.org/

Photo : The Venice Syndrome de Andreas Pichler

 

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