Manon de Massenet. Un grand opéra français à l'Opéra de Marseille !

Cruelle carte du tendre !Vu par Zibeline

• 29 septembre 2015⇒7 octobre 2015 •
Manon de Massenet. Un grand opéra français à l'Opéra de Marseille !  - Zibeline

En ouverture de saison, l’Opéra de Marseille affiche l’un des fleurons de l’opéra français : Manon de Jules Massenet. C’est un chef d’œuvre d’élégance, avec ses « jeux de masque » façon 18ème siècle (le livret est issu du « Manon Lescaut » de l’abbé Prévost), rehaussé de passion romantique, d’une puissance lyrique qui trouve sa pleine dimension expressive dans le fameux air « Ah ! Fuyez douce image… ». L’apparente légèreté de l’opus (créé en 1884) cache mal les élans intérieurs qui travaillent les protagonistes. Dans une mise en scène classique (Renée Auphan & Yves Coudray) et de somptueux décors (Jacques Gabel) déballés depuis la dernière production de l’opus à Marseille (2008), le duo Manon/des Grieux traverse l’ouvrage en fragile funambule tout juste sorti de l’adolescence.

Belle artiste à la carrière accomplie, Patrizia Ciofi livre à Marseille, sans doute, l’une de ses dernières incarnations de l’héroïne, tiraillée entre son amour pour le Chevalier et son goût du luxe, des plaisirs… La « Ciofi » atteint, le 29 septembre, ses limites dans le suraigu, la voix est un peu blanche dans le médium, mais sa présence théâtrale, écrasante, fait mouche et compense en partie les bémols. Sa silhouette fine, un jeu sensible, donnent l’illusion de la jeunesse.

Sébastien Guèze est, quant à lui, un jeune premier à l’évidente beauté, idéale pour le rôle. Si son timbre incisif, son chant nuancé, manquent d’un peu de corps pour l’emploi, les scènes à Saint-Sulpice, sommet du drame, sont particulièrement réussies.

Les « seconds » rôles s’avèrent remarquables. Le Lescaut du baryton québécois Étienne Dupuis est brillant : c’est fruit d’un chanteur-musicien. Son chant est souple, facile, et son jeu rend, à souhait, ses accents burlesques au rôle du cousin soudard. La belle basse Nicolas Cavalier incarne le Comte des Grieux avec aisance et distinction : sa déclamation grave, large, magnifie le rôle du paternel. Ces deux-là récoltent de franches ovations au salut !

Le reste de la distribution est au diapason : les trois « filles -comédiennes» Poussette (Jennifer Michel), Javotte (Antoinette Dennefeld) et Rosette (Jeanne-Marie Levy) sont pétillantes, les deux «nobles-jaloux » Bretigny (Christophe Gay) et Guillot (Rodolphe Briand) rivalisent tels des coqs argentés, jusqu’aux « petits rôles » tirés du Chœur de l’Opéra, très présent, récemment pris en main par Emmanuel Trenque.

L’Orchestre de l’Opéra récolte aussi les suffrages. La baguette fine d’Alexander Joël est à l’écoute du plateau. Le maestro modère à bon escient la masse orchestrale, jusque dans les infimes nuances.

IMG_6401 photo Christian DRESSE 2015Le spectacle se pare d’une série de tableaux colorés, de costumes somptueux (Katia Duflot) et de décors en harmonie (la scène du “jeu” à l’Hotel de Transylvanie, tout en rouges et miroirs, est superbe), d’un élégant ballet (chorégraphie de Julien Lestel) dans la scène baroque de « Cours-la-Reine ».

A voir donc… et entendre !

JACQUES FRESCHEL
Octobre 2015

Manon de Massenet, à l’affiche jusqu’au 7 octobre

Photos : -c-Christian Dresse

 

 

Opéra de Marseille
2 Rue Molière
13001 Marseille
04 91 55 11 10
http://opera.marseille.fr/