La double inconstance de Marivaux dans une noire version par Philippe Calvario

Cruautés du marivaudageVu par Zibeline

La double inconstance de Marivaux dans une noire version par Philippe Calvario - Zibeline

Sylvia et Arlequin s’aiment d’un amour pur et simple, celui des premières fois et des gens modestes. Victimes de la machination du prince, amoureux de Sylvia, ils se montreront tour à tour étrangers et perméables aux manigances de la cour. Sous ses atours aimables et légers, La Double Inconstance de Marivaux se révèle d’une indéfectible noirceur. Philippe Calvario n’en fait aucun mystère : à l’enfance des deux amoureux succède peu à peu la compromission d’un âge adulte apathique, qui tue avec lui toute possibilité d’un amour véritable. Cette transition est campée avec conviction par Maud Forget et Djamel Mehnane (remplaçant Guillaume Sentou le 7 décembre) : l’une, plus apprêtée, s’engonce dans son costume de dame tandis que lui singe le fard et les fioritures des puissants. Face à eux, c’est Philippe Calvario lui-même qui campe Trivelin, le valet témoin et complice de l’action, qui ne semble jamais douter de son issue. Le prince de Luc-Emmanuel Betton est aussi rigide et féroce que ses aigus de contre-ténor se révèleront doux et attrayants -belle idée que cet étrange mais efficace moment musical. Il partage avec sa complice Flaminia, campée par une inquiétante Sophie Tellier, ce goût féroce pour une vertu et une candeur qu’il s’acharne pourtant à détruire avec une volupté manifeste. Ce jeu de massacre, car c’en est un, ne laisse que peu de répit au spectateur : le laboratoire psychologique et social qu’entend être La Double Inconstance le rapproche davantage des Liaisons Dangereuses que de l’inoffensive comédie. Cohérent, ce parti pris évacue pourtant par endroits la possibilité d’une surprise, d’une finesse inédite des caractères -sur la coquette Lisette d’Alexiane Torrès, le trait pourra sembler un peu forcé. La charge ne s’en avère que plus amère.

SUZANNE CANESSA
Janvier 2020

La double inconstance a été joué du 5 au 7 décembre au Théâtre du Gymnase, Marseille.

Photo : La double inconstance © Vincent Gramain

Théâtre du Gymnase
4 rue du Théâtre Français
13001 Marseille
08 2013 2013
http://www.lestheatres.net/