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Semaine de la pop philo : jubilatoire conférence de Pacôme Thiellement sur les hippies gnostiques

Croyances à gogo

Semaine de la pop philo : jubilatoire conférence de Pacôme Thiellement sur les hippies gnostiques - Zibeline

La Semaine de la pop philosophie s’est achevée à Marseille le 28 octobre sur un questionnement relatif à notre ère de post vérité. La veille, on avait rendez-vous avec les gnostiques, la pop christologie, et les neurosciences, sans perdre le fil rouge de la manifestation : l’esprit critique face à la croyance (lire l’interview de Jacques Serrano, son initiateur, et Philippe Corcuff, invité de cette édition).

C’est l’écrivain Pacôme Thiellement qui a entamé l’après-midi sur les chapeaux de roues. Un enthousiaste convaincu que « plus on possède du pouvoir sur les autres, plus on perd de la grâce », et qui s’intéresse depuis longtemps aux « hommes sans roi », les « loosers du christianisme », ceux qui n’ont « pas voulu faire corps ». Les gnostiques, fascinés par la connaissance et fâchés avec l’Église. En ponctuant son exposé de rires ébouriffants, il détaille leurs croyances, longtemps connues seulement à travers leur réfutation : pour eux le Dieu des monothéismes serait atroce, fautif d’avoir construit un monde d’injustice et chaos, dans lequel l’humain est perdu. Jésus ne serait pas une idole, simplement une personne venue proposer une méthode de libération de ce monde ténébreux. Comme plus tard le perse Mani le fera en cherchant des éclats de lumière, des actes justes, généreux, dans toutes les traditions, chez tous les individus.

Pacôme Thiellement raconte bien, fougueusement. Il embarque son public sur les traces de ces illuminés très « hippie style » (sic), à travers des textes exhumés au XVIIIe siècle, puis en 1945, d’une jarre enfouie au fond du désert égyptien. Avec lui, on les trouve attachants : grands défenseurs de Marie de Magdala, selon eux compagne du Christ, face à Pierre qui la jalouse, ils refusent toute idée d’un dieu seigneurial légitimant le pouvoir de ses représentants. Ils auraient tiré au sort à chaque rassemblement un guide pour la réunion, ouverte à tous. Perçu l’humain comme un être qui naît traumatisé, avec une notion confuse du bien et du mal, une grande ambivalence dans l’amour et la haine. Ingénument, il s’étonne que leur pensée n’intéresse pas plus de monde, et vante dans la foulée l’Évangile de Philippe, « l’un des plus beaux », mentionnant « un discours de Jésus sur la beauté de l’acte sexuel »…. Pas très étonnant pourtant, que certains rechignent !

À l’entendre, on est assez convaincu, non pas de la vérité, mais de l’intérêt de leur histoire : les gnostiques n’avaient apparemment pas une morale constituée, plutôt des principes dont ils estimaient que l’on peut intuitivement repérer la justesse. Notamment ces deux simples mots, tirés d’un autre Évangile, celui de Thomas, et qui résonnent : « Soyez passants ».

Pop culture et neurosciences

Après ce show très vivant, il était difficile de prendre le relais pour un philosophe érudit mais moins charismatique, Philippe Nassif. Si sa théorie selon laquelle le poète américain Walt Whitman serait le précurseur d’Elvis Presley et Bob Dylan a un peu perdu les auditeurs, on le suit pourtant sur d’autres terrains. Notamment lorsqu’il explique que depuis la Renaissance, la machine tenait la nature à distance, mais qu’avec l’avènement du capitalisme la technique n’est plus au service de l’homme : elle forme une nouvelle jungle, dangereuse… Pour lui la pop culture serait une tentative de « faire chanter ces saloperies qui nous environnent », et de lutter contre les effets mortifères de l’industrialisation. Bizarre, car elle semble pleinement y participer !

Serge Goldman, le dernier à s’exprimer, est un neuro-scientifique et à ce titre, on aurait pu penser qu’il serait au contraire féru de technologie. Que nenni ! Il est très critique envers « l’oracle du Big data », et quant à opposer la croyance et la science, il s’est montré nuancé. Tout d’abord, en admettant qu’« un scientifique qui émet une hypothèse formule une croyance ». Ensuite, en expliquant que la croyance ne craint rien des démonstrations rationalistes. Certes, on peut penser que s’agissant d’un processus mental situé dans le cerveau, Dieu disparaît, la foi n’est qu’un produit de l’activité biologique. Mais les croyants peuvent à leur tour rétorquer que c’est Dieu qui a inscrit la croyance en l’humain, tout comme il l’a rendu scientifique…

D’ailleurs, renchérit Serge Goldman, maintes sociétés proches de diverses Églises financent la recherche en neuroscience. De celles qu’il mène lui-même dans son laboratoire, où il se penche sur les neurones miroirs. Révélation ! « Les réseaux neuronaux impliqués dans la gestion du doute sont les mêmes que ceux impliqués dans la croyance. »

GAËLLE CLOAREC
Novembre 2017

La fin de la Semaine de la pop philosophie (saison IX) a eu lieu les 27 et 28 octobre au Frac Paca, Marseille

Photo : Pacôme Thiellement -c- G.C.


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