Le 2ème rendez-vous de Marseille-Concerts parie sur l’Entre-Croisement des cultures

Croisements sans partage(s)

• 19 septembre 2014 •
Le 2ème rendez-vous de Marseille-Concerts parie sur l’Entre-Croisement des cultures - Zibeline

Peu de monde, dans ce bel Auditorium du MuCEM, pourtant une météo estivale, pour ce deuxième rendez-vous de Marseille-Concerts et un riche programme. Le pari de l’Entre-Croisements des cultures et des esthétiques était pertinent : une première partie avec C Barré, ensemble marseillais contemporain, dirigé par Sébastien Boin, qui prend un bel envol, suivi du duo Wanabni avec Kamilya Jubran et Werner Hasler. Mais on a eu la triste impression, que chacun jouait sans le regard, l’écoute de l’autre ; même le public avait choisi : on était venu, semble t-il, pour C Barré ou Wanabni ! Pourquoi justement ne pas avoir croisé les gens, les œuvres, dans un vrai partage et non deux parties sans vrai lien ni fil conducteur, malgré le choix de compositeurs issus du bassin méditerranéen pour C Barré (Filidei, Kokoras, Sammoutis…) ? Après la pause, la salle était encore plus clairsemée. Pourtant de beaux moments comme ce Magic Mauve pour percussions et électronique de Francesca Verunelli, Claudio Bettinelli, agile magicien des sons, Slide pour guitare électronique avec le hiératique Thomas Keck ou ce trio étonnant, si rare, d’Iván Solano pour mandoline, guitare et harpe : Trois autres perspectives d’une absence. Wanabni (en arabe : Nous bâtirons) prenait la suite, dans une ambiance feutrée, quelconque, alors que la voix chaude, sensuelle, ondulée de Kamilya Jubran (de parents palestiniens), méritait plus de chaleur ; elle parle d’itinérance, de souffrance des peuples opprimés, de lutte, d’amour : elle chante avec une puissance retenue, la mort de gens mutilés qu’on ne peut plus enterrer et qu’on étale sur les images, les poètes syriens, marocains, jordaniens, palestiniens. Hasler, son complice, trompette et bande, est très habité aussi. Mélange de contemporain (dispositif électronique, motifs minimalistes à la trompette) et traditionnel (voix et oud), musique du monde ancrée dans le monde et non vieux parchemin sorti d’un musée. L’ensemble du concert méritait une vraie cohésion que nous n’avons, malheureusement, pas sentie.

YVES BERGÉ
Septembre 2014

À l’Auditorium du MuCEM, le 19 septembre

www.marseilleconcerts.com

Photo : Wanabni-©-X-D.R.


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