Vu par Zibeline

Que reste-t-il de la sauvagerie ? Trouver un modus vivendi avec le loup

Crier Ô loup !

• 14 janvier 2017, 11 mars 2017 •
Que reste-t-il de la sauvagerie ? Trouver un modus vivendi avec le loup - Zibeline

Le 14 janvier dernier, Opera Mundi invitait le philosophe Baptiste Morizot au FRAC PACA, pour une conférence intitulée Diplomatie avec le monde sauvage. On a pris grand plaisir jusque-là à découvrir les intervenants du cycle Quel(s) monde(s) habiter aujourd’hui ?, tous passionnants, chacun dans leur style. Mais -doit-on l’avouer ?- celui-ci a de fortes chances de demeurer notre préféré. Parce que quelqu’un qui entame son discours en disant « Je vais essayer de vous parler de la manière la plus généreuse possible, sans vous connaître » semble doté de grandes qualités humaines. Ce que confirme son expression amène, extrêmement claire.

Que reste-t-il de la sauvagerie ?

Au FRAC tout commence, traditionnellement désormais, par un extrait de film. Ce jour-là, une vidéo d’artiste (André Fortino, 2014), où l’on voit un homme danser avec un renard mort, sa dépouille pendue au plafond. Troublante dans sa simplicité, et par les questions qu’elle soulève : que reste-t-il de la sauvagerie aujourd’hui ? On peut bien, en effet, en éprouver la nostalgie au détour d’un paysage urbain, et même en « zone rurale ».

Or voilà que le loup, qui nous fait frissonner depuis des siècles, est revenu, sur la Sainte-Victoire où des couples reproducteurs ont été repérés, à la Sainte-Baume, dans le Garlaban. « Dès lors que vous savez que les paysages où vous randonnez sont peuplés de loups, leur texture change. » Ils ne s’installent pas dans des vallées secrètes, mais tout près de nous : ce sont des animaux interstitiels, qui ne comprennent ni les barrières ni les coups de fusil. Comment leur signifier qu’ils ne sont pas les bienvenus dans certains espaces, « qu’il vaut mieux ne pas continuer à attaquer ce troupeau parce que cela tend les relations avec son berger » ? Comment, en somme, parvenir à établir une relation diplomatique avec ce symbole de la sauvagerie, paradoxalement si proche, et si mystérieux ?

Un modus vivendi

Pour Baptiste Morizot, « Nous sommes des spécialistes de la diplomatie, de par la plasticité de notre intelligence. D’où notre responsabilité. » Pour éviter les malentendus, il nous faut comprendre l’idiosyncrasie du loup, dont le langage est fait d’odeurs. Des expériences ont été menées, reconstituant des barrières olfactives, l’odeur d’une meute puissante : ici c’est chez nous, passez votre chemin. Et ils le passent… un temps. La première année, dans un respect total du territoire délimité. La seconde, avec quelques traversées. « Les loups sont terribles ! Évidemment, il n’y a pas de solution miracle » pour que la cohabitation entre les hommes et les bêtes s’équilibre, mais le philosophe dessine un chemin, une façon de réfléchir intelligemment à d’autres voies possibles. Parce qu’imaginer des relations moins destructrices avec le vivant et en particulier le monde sauvage devient urgent : la chute de la biodiversité s’accélère, vers une extinction massive de nombreuses espèces. « Et si on peut cohabiter avec lui, qui est un symbole craint et haï, une altérité irréductible, on pourra cohabiter avec les autres. »

Reconnaissons notre part de responsabilité dans l’impasse du pastoralisme face aux attaques de troupeaux : les moutons sont des ongulés sélectionnés depuis des millénaires pour opérer un regroupement lorsqu’ils ont peur, ce qui maintient le loup dans une excitation carnassière… Et cessons de raisonner comme le président de la Région PACA, Christian Estrosi, accusé par le philosophe de demander « que soit validée l’absolue suprématie de l’être humain sur les autres espèces ». Une idéologie conduisant tout droit à l’écocide.

La bonne nouvelle, si vous voulez continuer à réfléchir à ces questions fondamentales, c’est que Baptiste Morizot revient le 11 mars à la Bibliothèque Départementale des Bouches-du-Rhône, toujours avec Opera Mundi, pour interroger sous un autre angle Le devenir du sauvage dans le monde qui vient. Chic !

GAËLLE CLOAREC
Février 2017

À lire :
Les diplomates, Cohabiter avec les loups sur une autre carte du vivant
Baptiste Morizot
Éditions Wildproject, 22 €

Photo : Baptiste Morizot -c- G.C.


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