Le Mucem accueille Le désir de regarder loin, exposition d'Ilaria Turba, artiste associée du ZEF-scène nationale de Marseille

Créer en rhizomeVu par Zibeline

• 2 juillet 2021⇒27 septembre 2021 •
Le Mucem accueille Le désir de regarder loin, exposition d'Ilaria Turba, artiste associée du ZEF-scène nationale de Marseille - Zibeline

Ilaria Turba collecte les désirs d’autrui. Une passion qu’elle a pu assouvir lors d’une résidence au long cours (trois ans !) dans les quartiers Nord de Marseille, à l’invitation de leur scène nationale, Le ZEF. L’artiste italienne ne connaissait pas du tout la ville et décrit son expérience comme « une épiphanie ». Soit, étymologiquement, une manifestation de la divinité, rien que ça ! Qu’a-t-elle perçu, dans ce secteur où pèsent, plus lourdement qu’ailleurs, les préjugés sur la cité phocéenne ?

La plasticienne et photographe, dotée d’un tempérament particulièrement chaleureux, s’est manifestement sentie en résonance avec les Marseillais, habitants de Plan d’Aou ou du Merlan. Et elle en a rencontré beaucoup, plus de 500 personnes, au long d’un projet aussi dense qu’éclectique, ponctué d’ateliers, d’exploration urbaine et de processus créatifs collectifs. Au Centre de Conservation et de ressources du Mucem (Belle-de-Mai), où la salle d’expositions accueille une partie de son travail, un diaporama documente sa démarche en rhizome, via des témoignages sonores et une sélection de photographies de Vincent Baume. Une participante décrit sa façon de procéder ainsi : « Elle n’essaie pas de changer les choses, elle prend ce qu’elle voit, mais elle voit autrement ». Sans doute fallait-il un regard venu d’ailleurs pour observer l’intense vitalité des quartiers Nord, au-delà d’un paysage de grandes tours, friches, centres commerciaux et autoroutes.

Porter bonheur

Sa résidence au ZEF s’étant établie dans le cadre d’un partenariat avec le Mucem, l’artiste a pu puiser dans les riches fonds du Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée. Elle y a trouvé de quoi nourrir son goût pour les imaginaires collectifs et la mémoire populaire. Notamment à travers les innombrables ex-voto collectés au fil des années par les conservateurs : les petits objets, plaques commémoratives, figurines, médailles dédiés à une divinité en remerciement pour une guérison ou une arrivée à bon port après un voyage périlleux, lui ont inspiré une Loterie des désirs. Cette première restitution du projet avait été sélectionnée pour la Biennale européenne de création contemporaine, Manifesta 13 Marseille, et devait avoir lieu en novembre 2020. Annulée en raison du confinement, elle est reportée, au ZEF, les 18 et 19 septembre : de petites plaques métalliques, porte-bonheurs réalisés lors d’un atelier avec son compatriote, Ettore Tripodi, seront alors rassemblées dans une grande installation, puis tirées au sort par le public. En attendant, on peut les admirer au cœur du second volet de l’exposition, situé dans la Galerie haute du Fort Saint-Jean. Finement ouvragées, chacune représente un désir, un baiser, une évasion, le vol léger d’un papillon, une flottille de bateaux…

De nombreux élans traversent les œuvres que l’on découvre dans un parcours touffu. Celui d’un cheval au galop, à plusieurs reprises : Ilaria Turba a travaillé avec le ranch Karamane, dans le XVe arrondissement de Marseille ; photographies et dessins montrent la figure d’un ou d’une cavalière, lancé·e à l’assaut de la colline… ou des rayons d’un supermarché. L’ailleurs n’est pas toujours là où l’on croit le situer !

Marseille est une fête

« J’avais aussi l’idée de travailler sur les rites et les fêtes, dit-elle, car dans les quartiers Nord, j’ai remarqué qu’il n’y avait pas de traditions communes aux différentes communautés qui y résident. » Hormis le stade de football, ce grand rassembleur aimerait-on lui répondre, et pour initier de nouvelles formes de rencontres, Ilaria Turba s’est plutôt intéressée aux usages rituels du pain, qui traversent toute la Méditerranée depuis des siècles. Bon nombre de ces aliments à forte charge symbolique sont conservés dans les chambres froides du Mucem, où l’artiste les a dénichés. Dans l’exposition, leurs formes traditionnelles cohabitent avec les motifs façonnés lors d’un atelier avec Zahra Adda Attou, animatrice culturelle du ZEF. À partir d’une recette sicilienne, les participants ont cuit un pain prenant la forme de leur désir : petit peton d’enfant, aux orteils croisés pour porter chance, ou animal fantastique dont la signification n’appartient qu’à celui qui l’a réalisé.

Notez qu’Ilaria Turba poursuit sa collecte de désirs durant toute la durée de l’exposition. Chaque après-midi, en juillet et août, et les week-ends de septembre de 14h à 18h, un médiateur invite les visiteurs (au Fort Saint-Jean uniquement) à partager les leurs avec le Mucem. L’objectif est de réaliser une affiche, qui pourra être sélectionnée pour une présentation à l’Institut Culturel Italien, à l’automne.

GAËLLE CLOAREC
Juillet 2021

Le désir de regarder loin
jusqu’au 27 septembre
Mucem et son Centre de Conservation et de ressources, Marseille
04 84 35 13 13 mucem.org

Loterie des désirs
18 et 19 septembre
Le ZEF, Marseille
04 91 11 19 20 lezef.org


Collection de curiosités

Le catalogue de l’exposition, aussi fantasque que son auteure, se présente sous la forme d’une pochette débordant de souvenirs de papier. Un léger flip book, par exemple, fait non pas de dessins mais de mots : soixante désirs collectés par Ilaria Turba au fil des mois. Celui de toujours désirer, en premier, bien-sûr ! Celui de se promener avec un tigre, de voir des filles qui dansent partout, d’éprouver des frissons champêtres, ou de remonter les cours d’eau… Un leporello, aussi, accordéon de cartes postales avec, en photographie, les pains confectionnés par Marion, Hassina ou Zahra. Ainsi que des affiches, six fac-similés de différents porte-bonheurs, et la reproduction du carnet de croquis d’Ettore Tripodi… On vous laisse découvrir le reste !

Le désir de regarder loin
Ilaria Turba
Mucem éditions, 24 €


Le Mucem expose tous azimuts !

Depuis sa réouverture post-confinement, le musée des civilisations, de l’Europe et de la Méditerranée présente de nouvelles expositions. Retours ici sur Les Résistances de A à Z, Déflagrations. Dessins et violences de masse, Civilization – Quelle époque ! et Le Grand Mezzé

Photo : Vue de l’exposition -c- G.C.

Mucem
Môle J4
13002 Marseille
04 84 35 13 13
mucem.org