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22e édition de Babel Med Music : rendez-vous incontournable du bouillonnement d’un secteur qui a le vent en poupe, les musiques du monde

Créative Méditerranée

 22e édition de Babel Med Music : rendez-vous incontournable du bouillonnement d’un secteur qui a le vent en poupe, les musiques du monde - Zibeline

Il aura fallu une écoute attentive pour ne plus douter. L’homme habité par ce cante puissant s’exprime en arabe et non en espagnol. Le dialogue musical entre les cultures de Juan Carmona et Ptit Moh sonne comme une évidence. Comment aurait-il pu en être autrement quand flamenco gitan et chaâbi algérois, guitare et mandole, tissent avec autant d’harmonie les fils du patrimoine commun arabo-andalou ? Avec un plateau composé de musiciens de cette qualité, si évocateur des passerelles musicales entre les rives de la Méditerranée, il ne pouvait y avoir meilleure ouverture que cette création Chaâbi-Flamenco, pour un événement comme Babel Med, qui ne pourra que donner de l’assurance et -on l’espère- un envol au projet.

La voix est aussi au cœur du travail d’Ialma, quatre jeunes chanteuses espagnoles que la thématique du marcheur de Compostelle a conduit de Santiago à Bruxelles. Des mélodies dont la tonalité sautillante et primesautière laisseraient parfois à penser qu’elles ont fait un crochet par le fond de la botte italienne. Guitare acoustique et accordéon diatonique viennent égayer des chansons dans la pure tradition vocale galicienne qui exaltent l’exil et le vagabondage.

Un chemin qui mène en Occitanie -culturelle et historique et non celle au nom usurpé par une vision administrative régionale rabougrie. L’Occitanie de Uèi est certes celle d’aujourd’hui mais déjà tournée vers l’avenir. Futuriste, engagée, poétique, solidaire et universelle, cette récente formation déconcerte par sa créativité sur tous les plans : instrumental, sonore et scénographique. Boucliers et totem percussions, mise en non lumière, chants polyphoniques teintés d’électro et de hip-hop, messages à la poésie combative, atmosphère tribale, Uèi poursuit son entreprise novatrice sans renier les apports de ses précurseurs.

Une approche que ne renierait pas A Filetta, les orfèvres du chant polyphonique corse dont quarante années de parcours jalonné de défrichage et d’ouverture ont rendu indétrônables. Dans une Salle des sucres pas des plus appropriées à ce registre, le chœur de Balagne a réussi à transmettre toute la finesse de leur interprétation et l’étendue de leur nuancier vocal. Au final, une pure émotion.

Moins de sentiments chez Rachid Taha. Invité comme tête d’affiche « parce qu’il est notre histoire », selon les mots du co-directeur artistique de Babel Sami Sadak, le rocker a fait dans l’efficacité. Particulièrement bien disposé à assurer le show, Taha -qui n’a aucune actualité- a enchaîné les hits de sa longue carrière. Un show rugueux, irréprochable, auxquels ses musiciens contribuent largement, en particulier le fidèle et Marseillais Hakim Hamadouche au mandoluth. Un concert en résonnance avec celui de Speed Caravan, la formation menée par Mehdi Haddab, qualifié de guitar hero du oud qu’il électrise au gré d’une fusion « métalorientale » qui emporte tout sur son passage.

Créative et savoureuse, la cuisine musicale d’Imam Baildi -du nom d’un plat grec à base d’aubergine- est séduisante quand rock, hip-hop ou électro servent de rehausseur de goût aux musiques populaires comme le rebetiko. Malheureusement le tzatziki tourne à l’aigre lorsque la fusion devient prétexte à une moussaka pop de mauvaise variété.

À plusieurs milliers de kilomètres de la délicatesse balte de Maarja Nuut et sa nu-folk électroacoustique et minimaliste. Chanteuse et violoniste, elle navigue entre des mélodies inspirées de la tradition rurale estonienne et une recherche sonore contemporaine, magnifiée par des projections hypnotiques et les prouesses digitales de Hendrick Kaljujärv. Fascinant.

Ouvert en Méditerranée occidentale, Babel Med Music a programmé un triple symbole de la modernité pour sa clôture avec Skywalker : un dj, une femme, une palestinienne. Son set proposant deep house ou techno fut un message de liberté, d’émancipation et d’espérance.

THOMAS DALICANTE
Avril 2017

Babel Med Music s’est déroulé les 16, 17 et 18 mars au Dock des Suds et au J1, à Marseille

Photographie : Ialma c Leone Laval-Hart


Dock des Suds
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