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Vu par Zibeline

Tissage tressage, quand la sculpture défile à la Fondation Villa Datris de L’Isle-sur-la-Sorgue

Cousu main

• 5 juin 2018⇒1 novembre 2018 •
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Tissage tressage, quand la sculpture défile à la Fondation Villa Datris de L’Isle-sur-la-Sorgue - Zibeline

La Villa Datris tricote 102 œuvres de 74 artistes internationaux dans une exposition intergénérationnelle qui élève l’art du textile au rang d’art contemporain.

Des salons à la façade, au fil de La Sorgue jusqu’à la cime des arbres, l’exposition Tissage tressage, quand la sculpture défile ressemble à un inventaire à la Prévert ! Par les thématiques qui la structurent : Tradition et modernité, Intimités exposées (les arts féministes dans l’art contemporain), Sur le fil (les années 50), Fil organique, Identités textiles, Vernaculaires, Cordées (minimalisme et art pauvre), Folie du fil (l’influence de l’art brut), Tisser le monde, Le jardin des Pénélopes. Par la diversité des matériaux : chanvre, cuivre, sisal, fibre végétale, laine, soie, nylon, bâton de bambou, coton, épingle, mousse, perles, paillettes, capsule de bouteille, polypropylène… Par une sémantique moins sensuelle qu’attendue : atrophier, recouvrer, emballer, tisser, coudre, tresser, crocheter, envelopper, obturer, dessiner, brûler, statufier, épurer, souder… La Villa Datris déroule avec dextérité le fil de l’histoire et des techniques dans un parcours qui révèle la richesse des esthétiques, la multiplicité des contenus politique, symbolique et familial.

La contemporanéité de l’art textile, sous toutes ses coutures, ne fait plus aucun doute depuis que les pionnières Sonia Delaunay et Anni Albers ont révolutionné les savoir-faire traditionnels en se les réappropriant à leur guise. Dans leur sillage, Daniel Dewar & Grégory Gicquel sortent le tricot de la sphère intime avec un pull-over de 170 x 140 x 25 cm tricoté à quatre mains, et l’inscrivent dans le champ du ready-made de Marcel Duchamp. La monumentalité, croisée avec l’art performatif, est de mise chez Romina de Novellis qui met son corps en procession dans un labyrinthe arachnéen obstinément construit, auquel elle tente ensuite d’échapper durant plus de six heures. Évocation de la tragédie éternelle de l’homme prisonnier de sa condition. La philosophie s’invite également sur le métier à tisser de Chiharu Shiota qui, comme toujours, emprisonne les objets ou les espaces de milliers de fils en tension : ici, un globe de noir vêtu et un atlas emmailloté de rouge dans la pièce frontale State of Being. Tandis qu’Adrienne Jalbert laisse de côté la douceur du coton et fait des fils métalliques la matrice de Sphère du Parc pour alerter, comme Chiharu Shiota, sur l’instabilité du monde chaotique et dangereux.

De la tragédie à la comédie, de la tapisserie traditionnelle (Caroline Achaintre, Jagoda Buic) aux pièces les plus expérimentales, l’art textile déploie une force d’invention perpétuelle. Laure Prouvost utilise la tapisserie murale comme support à une installation vidéo The TV Mantelpiece où elle entremêle fiction familiale et histoire de l’art. Dans Tâche, la benjamine de l’exposition Céleste Castelot ose un mélange hétéroclite pour évoquer Pénélope, son ouvrage de laine inachevé pénétré par des aiguilles géantes en céramique. La suspension attend une éventuelle réapparition… Dans les petites pièces ludiques de Cécile Dachary, L’Arpenteuse, Partie de jambes en l’air, Hum, la technique du crochet n’a rien de gnangnan et déborde du cercle des nouveaux-nés pour surfer avec malice sur l’érotisme. Autres sujets sensibles, la place de la femme dans la société portugaise, dénoncée avec une fausse diplomatie par Joana Vasconcelos qui use des « arts mineurs » de la terre et du textile connotés plus festifs et exubérants ! Et la situation des Noirs en Amérique du nord évoquée par Nick Cave dans sa série de costumes sonores Soundsuit exposés ou chorégraphiés, inertes ou vivants, mais toujours « revendiquant un espace pour les éventuels interprètes ou personnages imaginaires qui les habitent ».

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Mai 2018

Tissage tressage, quand la sculpture défile
jusqu’au 1er novembre
Fondation Villa Datris, L’Isle-sur-la-Sorgue
04 90 95 23 70
fondationvilladatris.com

Photo : Nick Cave (premier plan) et El Anatsui (arrière-plan) © Heymann Renoult