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Les films de Joao Canijo, aux 3èmes Rencontres Internationales des Cinémas Arabes

« Cousines »

• 14 avril 2015⇒19 avril 2015 •
Les films de Joao Canijo, aux 3èmes Rencontres Internationales des Cinémas Arabes - Zibeline

Heureuse idée qu’a eue AFLAM d’inviter le « Cousin » Joao Canijo aux 3èmes Rencontres Internationales des Cinémas Arabes. Une occasion de découvrir ce cinéaste portugais, peu connu du public français, qui aime travailler avec les femmes- « Je ne trouve jamais d’aussi bons comédiens que des femmes ! » ..Au point d’avoir écrit le scénario de Sangue do meu sangue (Liens de sang 2011) avec les trois comédiennes pour parler de l’ «amour inconditionnel, dans une cité. » L’extraordinaire Rita Blanco est Marcia, une mère prête à tout pour sauver sa fille Claudia (Cleia Almeida) tombée amoureuse d’un homme marié. Sa sœur, Ivete, (Anabela Moreira) a mis tout son amour en son neveu, qu’elle soigne, caresse; elle va risquer sa peau pour le sauver des dealers qu’il a tenté d’escroquer. Deux histoires qui s’entremêlent d’autant plus que tout le monde partage le même appartement dans la banlieue Nord de Lisbonne et que le cadre du directeur de la photo préféré du cinéaste, Mário Castanheira, souligne, surligne, plaçant le spectateur dans une tension visuelle et sonore permanente. Les plans sont souvent morcelés et deux scènes se jouent, un face à face au premier plan, une explication à l’arrière plan, auxquels s’ajoutent des conversations hors champ. Remarquable.

C’est Cidália, véritable Antigone des années 2000, qu’interprète Rita Blanco dans Ganhar a Vida (Gagner la vie ) un film tourné dans la communauté portugaise d’une banlieue parisienne. Son fils Alvaro a été tué et rien ne compte plus pour elle que savoir par qui et pourquoi. « Je veux vivre triste. Transformé en tristesse est le bonheur du passé. » dit la chanson qu’elle va chanter à la demande du prêtre. La caméra de Castanheira ne la lâche pas, cadrant souvent en gros plan son visage superbement expressif : dans la manif qu’elle organise pour exiger la vérité, malgré l’hostilité de toute la communauté qui préfère enterrer un de ses membres en silence, quand elle danse langoureusement avec un jeune, substitut à son fils mort, quand elle affronte ses collègues au travail, sa sœur ou son mari à la maison.

Dans Noite Escura (Nuit noire- 2004) adaptation libre d’Iphigénie à Aulis, elle joue Céleste (inspirée par Clytemnestre), ancienne prostituée devenue la patronne d’une boite à hôtesses, dans une petite ville de province, mère de deux filles dont une, Sonia (Cleia Almeida) doit être sacrifiée pour payer une dette du père. L’aînée Carla- Electre (Beatriz Batarda) va tout mettre en œuvre pour éviter à sa sœur d’être livrée à des proxénètes russes. Écrit à partir d’une observation du réel, avec l’aide de prostituées qui jouent leur propre rôle, ce huis clos dans ce « bordel » d’où les femmes ne sortent pas vivantes est filmé en plans séquences, morcelés parfois au montage, faisant partager au spectateur le vertige des personnages. Inspirées par Hou Hsiao-hsien, les couleurs du décor et la lumière, mettent en valeur les visages des protagonistes mais aussi tous les personnages et la caméra, mobile, rend palpables la tension et la violence des rapports dans ce cabaret où l’on n’échappe pas à son destin.

Joao Canijo et Mário Castanheira, présents aux projections, ont répondu avec une grande générosité aux questions du public dont on peut regretter qu’il n’ait pas été plus nombreux.

ANNIE GAVA
Avril 2015

Photo : Noite Escura © Gémini Films

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