Une sélection de courts-métrages latino-américains présentée par l'Aspas, à Marseille

Courts toujours, ça intéresseVu par Zibeline

Une sélection de courts-métrages latino-américains présentée par l'Aspas, à Marseille - Zibeline

Retour sur les courts-métrages en compétition aux Rencontres du cinéma sud-américain, à Marseille.

Plus modeste mais tout aussi éclairante sur la vitalité et la modernité de la création cinématographique du sous-continent, la 22e édition des Rencontres du cinéma sud-américain a, une nouvelle fois, fait la part belle aux courts-métrages. Si le Venezuela souffre d’une crise protéiforme profonde, la pénurie la plus grave et le pillage le plus inquiétant ne sont peut-être pas ceux que l’on croit. Atraco de altura du vénézuélien Josué Saavedra raconte le braquage en pleine rue d’un écrivain, non pas pour de l’argent mais pour ce qu’il est. Arme dans une main et un dictaphone dans l’autre, l’agresseur exige de sa victime ses idées, sa prose, un plus-que-parfait et des adverbes. Un cambriolage littéraire irrésistiblement drôle qui se conclut par l’ironique constat que « ce pays est foutu ». Autre État stigmatisé, Cuba n’en est pas moins en pointe en termes de droits à la santé, la culture et l’éducation y compris sexuelle. I love lotus de Patricia Ramos, prix spécial du jury, met en scène le gardien de nuit d’un stock de préservatifs qui tombe amoureux d’une usagère régulière du téléphone public voisin. Balayant les clichés sur le machisme latino, le film montre ici avec beaucoup d’humour un jeu de séduction où la femme indépendante et émancipée bouscule son courtisan, timide et maladroit. C’est un film d’animation musical réalisé à la manière d’un clip qui obtient le prix du meilleur court-métrage. Issu du programme Shorts Mexico, La llorona d’Adriana Ronquillo dénonce les enlèvements et féminicides qui accablent le pays. Une thématique forte sur une chanson presque enfantine pour exiger une justice intransigeante avec les auteurs de ces crimes. Esthétiquement parlant, c’est une autre œuvre mexicaine qui nous a davantage touchés : La bruja del fósforo paseante de Sofia Carrillo, au magnifique noir et blanc, nous plonge dans le Mexique traditionnel des années 1920. De son côté, le public a préféré récompenser La medallita de l’Argentin Martín Aletta. Son compatriote Sebastian Dietsch démontre qu’une comédie loufoque peut en dire long sur la férocité d’un régime. Basé sur un fait réel, Una cabrita sin cuernos tourne en ridicule les méthodes d’intimidation de la dictature militaire argentine. Notre coup de cœur.

LUDOVIC TOMAS
Octobre 2020

La 22e édition des Rencontres du cinéma sud-américain, organisées par l’Aspas, a eu lieu du 6 au 11 octobre au cinéma Les variétés et au Théâtre de l’œuvre, à Marseille.

Photo : Une cabrita sin cuernos