Quelques films du festival Tous Courts

Courts de cœurVu par Zibeline

Quelques films du festival Tous Courts - Zibeline

Zibeline a vu une cinquantaine  de films sur la centaine proposés en ligne par le Festival Tous Courts d’Aix-en-Provence. Certains restent en mémoire. Un sujet, un visage, un personnage, un plan, un interprète, une lumière, une atmosphère ou un écho avec notre propre vie.

Ainsi, lorsqu’on croisera dans un métro un homme sale et étrange, comment ne pas penser à la Maria (Ana Villa) de Distancias, réalisé par Susan Bejar. Dans une rame bondée, à Madrid, où chacun finit sa nuit, rêve, lit, chacun dans sa bulle, entre un « clochard » qui parle seul et profère des insultes. Alors que tous s’éloignent, fuyant odeur et mots, créant le vide autour, une femme se présente à lui, lui raconte ses difficultés de vie et sa manière d’y faire face « Dans la vie tout se règle par une raclée ou une bière ! » Grâce à une initiale sur sa chemise râpée, H, cherchant à deviner son nom et le nommant, elle lui permet de retrouver son humanité, devant les regards émus des passagers qui viennent se rasseoir près de lui. Un film qui redonne confiance en la nature humaine.

Qui n’a pas besoin d’amour ? Lars, un Norvégien quinquagénaire aimerait tenir quelqu’un dans des bras. Il croit avoir trouvé l’amour en Abigail, une Philippine. Il lui montre des photos de sa maison, au bord d’un fjord. Il est prêt à l’épouser et à l’emmener avec lui. Elle aura là-bas une vie plus facile. Mais Abigail n’est pas celle que l’on croit et pour elle, il ne s’agit que d’une aventure, intense certes, mais passagère. The Manila lover de Johanna Pyykkö : court très bien interprété, dont la fin réserve une surprise, renverse avec subtilité les clichés. Le Jury lui a attribué le Grand Prix de cette 38e édition.

Qui un jour n’a pas pensé à cette phrase d’André Gide « Familles, je vous hais ». Pas les deux couillons du court éponyme de Thibaut Segouin. Deux frères qui ne se sont pas vus depuis trois ans doivent se rendre à Roscoff à la demande, par lettre, de leur père, injoignable depuis.  Pour ces deux hommes que tout oppose -l’un vit à Paris et fait des affaires, l’autre à Rennes, ne fait pas grand-chose- tout est sujet à dispute. Une halte bien arrosée dans un bistrot sur le chemin vers Roscoff va leur permettre de se rapprocher un peu et d’affronter le jeu de piste qu’a conçu leur père. Une sacrée surprise les attend à leur arrivée dans la maison familiale. Olivier Chantreau et Sébastien Chassagne interprètent avec beaucoup de justesse ces deux couillons dans ce court à la fois comique et touchant (Prix Unifrance).

Il y a des gens qu’on n’a pas très envie de rencontrer, les thanatopracteurs par exemple. C’est pourtant un tel homme qui est le protagoniste de Palimpseste, un film que son réalisateur Max Besnard dédie à Marc Ripoll, son « papa » de cinéma, cofondateur du Festival Tous courts, disparu il y a cinq ans. On assiste à toutes les étapes de la préparation du corps, sa tâche quotidienne : ce soir-là, le mort est son père qu’il n’a pas vu depuis longtemps, un père qui avait toujours posé sur lui un regard lourd, un père qui aurait pu aimer les gens et l’aimer lui comme on aime un fils… Un père comme il le rêvait. Après cette nuit-là, ce fils mal aimé va regarder le monde autrement. Un film âpre et fort.

Quels courts auront marqué les quelque 20 000 spectateurs, d’ici ou d’ailleurs, qui ont regardé les séances en ligne ? Peut être Nina du bulgare Hristo Simeonov ou Ruby de la Portugaise Mariana Gaivao ? Ou d’autres encore. Nul doute que chacun aura eu ses coups de cœur dans cette programmation riche et variée. À l’an prochain, Festival Tous Courts.

ANNIE GAVA
Décembre 2020

Photo : The Manila Lover © Barbosa Films

http://festivaltouscourts.com/festival-tous-courts-2020/competitions-2020/

Rencontres Cinématographiques d’Aix en Provence
Festival Tous Courts
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13100 Aix-en-Provence
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