François Tanguy a présenté «Item», sa dernière création, au Théâtre des 13 Vents

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François Tanguy a présenté «Item», sa dernière création, au Théâtre des 13 Vents - Zibeline

Le Théâtre du Radeau, piloté depuis bientôt 40 ans par François Tanguy, avait accosté pour la dernière fois à Montpellier en 1998. Événement, donc, pour l’ouverture de la saison du Théâtre des 13 Vents, avec le retour du metteur en scène iconique et sa dernière création Item. Petit mot de quatre lettres, le titre en dit long : de même, également, encore, idem. Mais encore ? Multiple, cascade, il y a ce sentiment de se laisser entrainer dans quelque chose qu’il ne faut surtout pas tenter de maitriser. Les textes, comme souvent dans le roulis théâtral de Tanguy, s’agrègent les uns aux autres, sans crier gare et sans mode d’emploi, le rythme devient quasi musical, les sous-titres ne manquent pas lorsqu’ils sont dit dans leur langue, on part à l’aventure, avec cette fois Robert Walser, Dostoïevski, Ovide, L’Arioste, Plutarque… Les cinq comédiens (des monuments, eux aussi) habitent le plateau, ils le font et le défont, modifiant les perspectives en transportant planches et meubles comme s’ils étaient toujours en train de déménager, intranquilles mais constants. On ne distingue pas grand-chose, tout est dans une pénombre que là non plus, il ne faut pas chercher à percer. Les tables, les chaises, les buffets, les panneaux sont sur scène comme les véritables acteurs de la pièce, ce qui meut les humains qui s’agitent pour les animer, pour rendre le monde plus vivant. Comme une intrigue à tiroirs, c’est ici l’espace qui recèle tous les mystères. Les mots se croisent sans qu’on puisse les retenir, les travestissements s’enchainent, les coiffes sont toujours plus extravagantes, presque des sculptures, et les corps sont à la fois d’une puissante densité et d’une troublante transparence. Ils sont des passants, incarnant pour quelques instants les mots des écrivains convoqués, condensés de littérature, passeurs de verbes. Et puis soudain, la houle se calme, tous s’arrêtent et respirent en chœur, pendant qu’au fond un rideau se soulève au rythme des souffles. Instant suspendu : objets et vivants communient, décor et réel se rencontrent. Item.

ANNA ZISMAN
Novembre 2020

Item s’est joué au Théâtre des 13 Vents, Montpellier, du 1er au 8 octobre

Photo : © Jean-Pierre Estournet