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Vu par Zibeline

Le mythe d’Antigone réactualisé par le Théâtre Majâz

Coupable ou non coupable ?

Le mythe d’Antigone réactualisé par le Théâtre Majâz - Zibeline

Nour Belkacem est une lycéenne brillante et sans histoires, l’exemple même de « l’intégration » réussie. Pourtant, lors d’un atelier théâtre intitulé « Les Antigones de nos jours », Nour va jouer son monologue voilée. Son geste provoquera une vague de réactions hostiles et déclenchera une cascade de représailles : mise à l’écart, puis conseil de discipline et enfin exclusion. Sa seule ligne de défense tient en une phrase : « Ce n’était pas moi qui étais voilée mais mon personnage ». L’onde de choc provoquée par son acte est immense et profonde : sidération, incompréhension, colère, pleurs, rage, empathie traversent tous les personnages de ce huis clos qui fait de Nour et d’Antigone deux figures emblématiques de la résistance contemporaine et mythologique. La pièce nous interroge : les lois divines sont-elles au-dessus des lois de la République ? Choc des générations et des cultures, question de la place de la religion dans un État laïc, transgression des interdits, tensions intra-professionnelles : le Théâtre Majâz (« métaphore » en arabe) s’empare de ces sujets sensibles avec un esprit clair et une volonté pédagogique hors pair. Il se fait fort d’inviter les spectateurs -témoins ou juges ?- dans le secret des débats qui animent le groupe composé de professeurs, d’une proviseure, d’une responsable de la vie scolaire, d’un représentant des parents d’élèves et du père de Nour. Autant de personnages joués avec justesse par la troupe qui endosse en un tour de mains plusieurs rôles et passent en un éclair d’un état de détresse aux crises de fous rires ! Dialogues concis et trempés dans le réel, mise en scène sobre et efficace (déstructuration chronologique des scènes et ruptures rythmiques), décor hyper réaliste façon salle de classe ou de tribunal (tables, chaises, petit coin café) et interprétation sensible (chaque comédien module parfaitement sa partition) ont fait de L’Incivile un moment de théâtre unanimement salué par le public de Châteauvallon où le Théâtre Majâz était accueilli en résidence de création.

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Janvier 2019

L’Incivile a été joué du 13 au 17 janvier à Châteauvallon scène nationale, Ollioules

Photographie : L’Incivile © Nicolas Martinez


Châteauvallon – Scène nationale
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BP 118
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