Le Festival Durance Luberon débute dans la joie et la bonne humeur au château de Mirabeau

Coup d’envoi du Festival Durance LuberonVu par Zibeline

• 9 août 2015⇒23 août 2015 •
Le Festival Durance Luberon débute dans la joie et la bonne humeur au château de Mirabeau - Zibeline

C’est dans la belle cour du château de Mirabeau que le Festival Durance Luberon d’été s’est lancé, avec une verve et un allant qui laissent présager joyeusement de la suite ! La soirée du 9 août s’intitulait Musiques en folie, avec un programme double, duel de pianistes en première partie et, suivant un plateau repas convivial sous les grands arbres du parc, la leçon d’opéra d’Operatella, le tout en collaboration avec la Compagnie La Rumeur. Même si, comme le rappelle le président du festival, Gérard Leberre, le duel est interdit depuis Richelieu, cette formule pianistique n’aurait sans doute pas provoqué l’ire de l’Éminence Rouge. Certes, il ne s’agissait pas ici de la forme immortalisée par le film, La légende du pianiste sur l’océan, (à partir de Novecento de Baricco) de Giuseppe Tornatore, entre Jelly Roll Morton et 1900. Mais inventifs et espiègles, face à face chacun disposant d’un piano à queue, les deux pianistes Jonathan Soucasse et Steve Villa Massone, s’en donnent à cœur joie, opposant classique et jazz, mêlant les deux, l’Appassionata version jazzy est un morceau d’anthologie ! Il s’agit ensuite de jouer sur le clavier de son comparse, de courir d’un piano à l’autre sans perdre le fil ni le tempo, déconcentrer le rival par mille facéties, des chatouilles à l’extincteur posé directement sur les touches, faire preuve d’inventivité, jouer le morceau le plus triste possible, séduire une jeune fille du public, faire deviner aux spectateurs hilares des titres par l’énoncé de cinq notes, ou les faire chanter sans que les musiciens chantent… la Javanaise, Aux Champs Élysées sont entonnés avec jubilation. Comment départager nos duellistes ! Je me garderai de rapporter quoi que ce soit ! On se souviendra surtout de la superbe interprétation a deux de Summertime de Georges Gershwin; « qui vient de me passer un coup de fil, Georges, vous savez qui… je n’ai pas besoin d’en dire plus » résume Jonathan Soucasse.Festival Durance Luberon Duel de pianistes

Le duel final au baby-foot (oui, oui, un vrai !) achève ce concert jubilatoire avec un Schoenberg qui retrouve la tonalité.

Wonder women !

Autre duo de choc, celui de la chanteuse Isabelle Desmero et de la pianiste Marie Gottrand, pour un tour d’horizon du monde de l’opéra en quarante-quatre minutes et quarante secondes. Pas le temps de penser à vérifier l’exactitude des temps annoncés, on est conquis par le jeu iconoclaste de nos super héroïnes, l’une en Wonder Woman, l’autre en Catwoman, toutes deux douées d’un talent comique inénarrable, entre tricot (d’un string rouge) et cape transformable (due à Arturo Brachetti). Le spectacle, créé à l’origine à la demande du CG13, en vue d’un enseignement ludique destiné aux collégiens, sait réjouir le public, tous âges confondus, chacun y retrouvant une âme de potache, zygomatiques en action, pour entendre l’air du froid de Purcell ou une walkyrie déchaînée ! Sont passés à la moulinette les morceaux de bravoure, comme le chant de la Norma ou l’air des bijoux, sans compter les espoirs de Madame Butterfly (« la pauvre, quelle sottise de croire que son beau soldat va revenir ! »)… on ne se formalisera pas si l’interprétation n’est pas celle de La Callas, l’essentiel réside dans le rire salvateur qui sait mettre à portée de tous un art qui, à tort, (l’opéra est un art populaire !) apparaît pour beaucoup réservé à une élite. Le rendre accessible, laisser en entrevoir les beautés, mais aussi sa dimension humaine, est un tour de force superbement réussi, dans la mise en scène d’André Lévêque et porté par les mots de Cathy Heiting. Le mot de la fin revient au public, convié à reprendre le « Prends garde à toi ! » de Carmen ; au « et si je t’aime », un spectateur ému lance un « je t’aime » tonitruant !

Operatella L'air des Bijoux

MARYVONNE COLOMBANI
Août 2015

Spectacle vu le 9 août au château de Mirabeau, dans le cadre du Festival Durance Luberon (du 8 au 23 août).

www.festival-durance-luberon.com

06 42 46 02 50

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