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Le monde renversé au Théâtre des 13 vents : une histoire de sorcières

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Le monde renversé au Théâtre des 13 vents : une histoire de sorcières  - Zibeline

Pour celle qui est au devant de la scène, c’est assez frappant. Alors on scrute celui des trois autres. On attend qu’elles se mettent de profil. Et puis oui, elles ont bien toutes les quatre un nez particulièrement long et pointu, il y en a même une qui a une petite verrue dessus. Des nez de sorcière, prothèses arborées discrètement, sans autre fards apparentés à cette frange féminine dont le Collectif Marthe a fait son miel pour son premier spectacle. Les quatre jeunes complices, liées par leur passage à l’École de la Comédie de Saint-Étienne, ont accompli une récolte tous azimuts, historique, politique, sociologique, psychanalytique, et rapportent sur le plateau le fruit de cette bibliographie. La liste des thèmes qu’elles aborderont est inscrite sur un panneau, peinturlurés en blanc sur noir, rayés au fur et à mesure de l’égrainage des scènes. « Marx ! On a un truc à te dire ! » sera le premier. Le ton est joyeux, frontal, il s’agit d’offrir au public un condensé de réflexions sur la condition féminine à travers les âges, mais surtout sans pathos et avec humour. Alors, qu’ont-elles à lui dire ? Citant l’ouvrage pivot du spectacle, Caliban et la sorcière, de la chercheuse et militante Silvia Federici, elles annoncent, dès les premières minutes de la démonstration, que le philosophe a tout simplement oublié que ce sont les femmes qui sont la cheville ouvrière du capitalisme. Et oui ! Le prolétariat provient du ventre des mères, devenues des « matrices à travailleurs ». Les sorcières ? Des figures négatives inventées pour mieux contrôler les corps des honnêtes femmes. Freud en prend aussi pour son grade, traité de « phallocrate en blouse blanche », Descartes, Hobbes et l’inquisiteur Jacques Sprenger sont joliment épinglés dans une scène (« L’arbre à pénis ») de dissection où les comédiennes donnent toute la mesure de leur énergie sans filtre. C’est naïf et généreux, plutôt foutraque, mais l’exposé de la vie de Marthe, femme et sorcière qu’on suit à travers les siècles, reste un plus prétexte démonstratif qu’une figure dramaturgique.

ANNA ZISMAN
Mars 2019

Le monde renversé a été joué du 12 au 15 mars au Théâtre des 13 vents, Montpellier

Photo : Le Monde renverse -c- Dorothée Thébert Filliger