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Béatrice Uria-Monzon à l'Opéra du Grand Avignon, un concert tout en finesse et émotion

Côté Sud !

Béatrice Uria-Monzon à l'Opéra du Grand Avignon, un concert tout en finesse et émotion - Zibeline

Certains patronymes ne mentent pas et trahissent tout de suite des origines lointaines ou des lieux gorgés de soleil. Celui d’Uria-Monzon, dans le creux de la langue, dans le balancement des accents toniques, diffuse immédiatement des fragrances d’une Espagne colorée et envoûtante. Nulle surprise donc, dans ce récital intitulé Sol y Sombra, de retrouver dans une vaste fresque musicale les compositeurs emblématiques d’un folklore transcendé, tels que De Falla, Granados ou Turina, mais également d’illustres inconnus tels que Chapi, Barbieri… Inévitable, également, pour celle qui a épousé le rôle à merveille, de faire un clin d’œil à Carmen, dans l’illustre Habanera ou Chanson bohème ! Soutenue par un pianiste talentueux, Jean-Marc Bouget, accompagnateur remarquable, fin, délicat, la mezzo-soprano, dont les graves s’épaississent toujours plus, illustra avec beaucoup de talent, les deux facettes de cette culture ibérique, tout en couleurs et lumières, ou tout en retenue, mâtinée de tourment et d’intériorité;  les Poèma en forma de canciones de Turina, ou les Chansons populaires de Manuel de Falla furent un exemple parfait de cette ambivalence. À côté de cette formule en duo, l’artiste choisit également d’être soutenue par un trio, violoncelle et violon se rajoutant au piano, pour sortir un peu d’un univers monochrome. Certes, musiciens de qualité, Jean Ferry, brillant violoncelliste, et Christophe Guiot, violoniste confirmé, l’ensemble eut du mal à trouver une cohérence, une identité « sonorielle ». Difficile, dans des transcriptions, de trouver sa juste place, de mettre en valeur l’autre sans être trop en retrait, problème du violoncelliste, ou alors trop en avant, violoniste, au risque de perturber la cohérence du discours musical. Nul doute cependant que ce jeune spectacle, création ce soir à l’Opéra d’Avignon, trouve rapidement son équilibre. Béatrice Uria-Monzon, presque trop discrète, totalement dans l’émotion, gagnerait à faire sortir la Carmen qui est en elle et s’imposer un peu plus scéniquement, alors éclaterait encore plus au firmament la beauté de cette musique espagnole.

CHRISTOPHE FLOQUET
Octobre 2016

Sol y sombra, Opéra Grand Avignon le 8 octobre.

Photo : Béatrice Uria-Monzon © Frédéric Stéphan


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