Entre Élancées et Entre 2BIAC le cirque s’est déployé, dans toutes ses dimensions. Retour sur la 24e édition des Élancées

Corps et âmesVu par Zibeline

Entre Élancées et Entre 2BIAC le cirque s’est déployé, dans toutes ses dimensions. Retour sur la 24e édition des Élancées  - Zibeline

Les Elancées aussi ont fait le plein, le public joyeusement bigarré et intergénérationnel faisant montre d’un enthousiasme et d’une ferveur qui faisaient plaisir à vivre !

Est-ce le fait du hasard, toujours est-il que la lumière, ou son absence, semble être le fil rouge de nombreux spectacles proposés lors de cette 24e édition.

Cirque, danse, théâtre, cinéma façonnent l’œuvre de Raphaëlle Boitel, mélange jubilatoire qui fait de La chute des anges un petit bijou. Dès les premières images le ton est donné, dans un clair-obscur qui sculpte les corps d’individus suspendus, comme marionnettisés par des mains invisibles. Des humains ? Des anges cloués sur place ? Des empêchés de se mouvoir, de réfléchir, de se libérer, soumis, jusqu’à l’apparition d’une trublionne qui, refusant sa condition, va faire un pas de côté salvateur pour le groupe. La verticalité prend le dessus, au mât chinois, sur corde lisse et sur une machine tel un bras mécanique, monolithe fait d’acier qui semble maîtriser le temps et les déplacements des personnages en quête d’envol et de liberté. La musique sublime d’Arthur Bison et la lumière de Tristan Baudoin, personnage à part entière, amplifient cette expérience sensorielle, et nous transportent bien au-delà de la représentation. 

Le ciel semble bien vide d’étoiles et de planètes, quand émerge du noir sidéral une virevoltante danseuse, en apesanteur. À l’aide d’un tournoyant et impressionnant astrolabe de fortune, agrès pour le moins insolite, les deux improbables clowns cosmiques du Cirque Hirsute (Mathilde Sebald et Damien Gaumet) entament un ballet fait de péripéties acrobatiques, d’équilibres poétiques et hypnotiques, infiniment gracieux !

Étrange lumière que celle qui nimbe le plateau lors de l’apparition de fantômes flottants au-dessus du sol, une lumière noire qui ne laisse émerger de la nuit que ces sept corps spectraux, dansants. Car c’est bien une chorégraphie qu’il exécutent, sur des musiques d’Offenbach ou Ravel, dont le Boléro structure les corps évaporés d’une légèreté stupéfiante. Mais Sarah Crépin (à la chorégraphie) et Étienne Cuppens (à la mise en scène) n’en restent pas là… et finissent par faire tomber les draps blancs, dévoilant ainsi le subterfuge pour recréer un ballet, le même et tout autre. Réjouissant !

DOMINIQUE MARÇON
Février 2022

La chute des anges a été joué le 29 janvier au théâtre de l’Olivier, Istres, et le 1er février au théâtre Durance, Château-Arnoux-St-Auban

Aux étoiles ! le 26 janvier au théâtre de Fos

Pillowgraphies le 2 février au théâtre La Colonne, Miramas

 

Photo : La chute des anges © Marina Levitskaya