Vu par Zibeline

L'Envol du Théâtre du Centaure à Marseille

Corps contre corps, une utopie vivante

• 28 janvier 2019⇒10 février 2019 •
L'Envol du Théâtre du Centaure à Marseille - Zibeline

Depuis 2016 le Théâtre du Centaure est installé dans les Hauts de Mazargues sur la route des calanques. Depuis sa création en 1989 il s’est donné pour mission de faire exister une utopie, celle d’un être mi-homme, mi-cheval. La première de leur dernière création s’est déroulée un soir de grand froid sous le chapiteau, ce qui n’a pas empêché les spectateurs, emmitouflés sous écharpes et bonnets, d’être subjugués par ces corps qui se mélangent. Les trois courtes pièces successives ont pour thème la situation de handicap ou d’empêchement et mettent l’accent sur la différence. Les centaures occupent successivement l’espace de jeu du chapiteau dans un cercle de lumière, merveilleusement réglée par Bertrand Blayo. Le premier centaure est formé de Manolo, créateur et directeur artistique, et de Toshiro, splendide cheval blanc. Le grand vêtement blanc de Manolo se noie dans la robe de Toshiro : le centaure est là, dans sa présence fascinante. Au sol au début, il se relève peu à peu, le cavalier se saisit alors de très longues béquilles, qu’il appuie au sol puis lève vers le ciel. Le centaure galope en cercles, esquisse de petits pas délicats, avance et recule avec légèreté, trace des cercles comme un oiseau dans le ciel. Changement de climat avec Bertrand Bossard et Akira qui s’installent dans leur salon devant la télé, dans un grand fauteuil et partagent la même nourriture avec un réel plaisir. Akira imite Bertrand, rit avec lui qui semble pris de folie, en rupture avec le monde. Le troisième centaure est formé de Camille, co-directrice, et de Sombre, tous deux en noir, les cheveux de l’une se mélangeant à la queue de l’autre en cascade noire. Camille porte un bandeau noir sur les yeux pour éprouver la cécité et brandit une immense canne, telle une épée, au-dessus de sa tête, dans un équilibre admirable. Confiée à Virgile Abela, la partie musicale est un mélange d’acoustique et d’électronique, de voix chantées et de sons enregistrés qui crée un climat étrange, parfois inquiétant, et donne son unité au spectacle. Comme toujours on est admiratifs du travail de dressage, d’écoute et de confiance réciproque et séduits par cette utopie vivante l’espace d’un moment.

CHRIS BOURGUE
Janvier 2019

L’Envol se joue au Théâtre du Centaure, Marseille, jusqu’au 10 février dans le cadre de la Biac

Photo : L’Envol, Manolo et Toshiro c Philippe Metsu – Ubik Photo