Poliuto de Donizetti à l’Opéra de Marseille

Cornélien Poliuto !Vu par Zibeline

Poliuto de Donizetti à l’Opéra de Marseille - Zibeline

Qui connaît encore aujourd’hui Poliuto de Donizetti écrit d’après le cornélien Polyeucte, hormis quelques nostalgiques d’une représentation ou d’un enregistrement mythiques… Peu de monde sans doute, tant les programmations d’opéras dans monde tournent autour des mêmes affiches ! La culture du bel canto a tendance à se perdre, à la scène et dans les écoles de chant, si bien qu’on a du mal aujourd’hui à réunir un plateau de chanteurs ayant les qualités requises pour ce type de répertoire.

Ce ne fut pas le cas à l’Opéra de Marseille ! Dans le rôle-titre, Fabio Armiliato a particulièrement brillé grâce à des aigus impressionnants… à faire sauter les sonotones ! Daniela Dessi a distillé, dans Paolina, son timbre chaleureux, large, une ligne de chant souple, fruit d’une carrière  de trente ans. La somptueuse basse Wojtek Smilek comme le séduisant ténor du français Stanislas de Barbeyrac ont contribué à la qualité du plateau, dont la palme revient au baryton Vittorio Vitelli. Ce dernier a magnifié le rôle de Severo grâce à une incise vocale ronde et cuivrée, et des sol et la bémol lancés à pleine bouche. Le Chœur et l’Orchestre de l’Opéra ont donné la pleine mesure de leurs qualités dans un domaine familier sous nos latitudes, si voisines des italiennes.

Mais que dire de la version de concert proposée, si ce n’est qu’elle est “économique “? Si dans certains cas la mise en scène d’une tragédie lyrique ne s’avère pas fondamentale, quand le livret est indigeste, l’action non capitale, le style proche de l’oratorio… dans celui de Poliuto, la frustration est grande ! L’histoire de l’aristocrate romaine Pauline, épouse du chrétien converti Polyeucte, torturée par le souvenir de son ancien amour pour le proconsul Sévère qu’elle avait cru mort au combat, et qui pourchasse justement les Chrétiens, aurait mérité qu’on la visualise. On aurait aimé que soient mis en scène les élans de la jalousie du héros ou la demande de grâce agenouillée de l’épouse, les doutes amoureux, l’accomplissement de la vengeance comme le martyr assumé. Mais il aurait fallu de nombreux changements, coûteux, de tableaux, de la caverne ténébreuse des baptisés au temple de Jupiter… jusqu’au cirque final et sa fosse aux lions ! Alors, faut-il entendre Poliuto sans tout à fait le voir ? Ou ne pas l’entendre du tout ? Un choix… cornélien !

JACQUES FRESCHEL

Décembre 2012

 

Poliuto de Donizetti a été représenté à l’Opéra de Marseille du 24 nov au 2 déc

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