Harpe et alto aux Estivales du Château de Sade

Cordes sensiblesVu par Zibeline

Harpe et alto aux Estivales du Château de Sade - Zibeline

Réunies aux Estivales du Château de Sade, la harpiste Anaïs Gaudemard et l’altiste Sindy Mohamed brillent sur un programme éclectique et irrésistiblement lyrique.

La complicité entre les deux interprètes est tangible. Il faut dire qu’Anaïs Gaudemard et Sindy Mohamed, complices depuis leurs premiers pas au Conservatoire de Marseille, ont déjà joué ensemble, mais en trio – avec la flûtiste Joséphine Olech. En fin de concert, à deux sur une même partition, la harpiste et l’altiste impressionnent par cette entente qui se devine dans un choix commun de phrasés et d’inflexions, mais aussi dans l’échange permanent de regards qui forge leur équilibre. Tout au long de ce concert joyeusement hétéroclite, c’est ce même principe de plaisir et de partage conjugués qui émeut et ravit un auditoire. La Sicilienne attribuée tour à tour à J.S. et à C.P.E. Bach ouvre les hostilités et s’impose avec poésie ; une même simplicité désarmante fait des morceaux choisis de De Falla, et tout particulièrement de l’Asturiana, un instant suspendu. La virtuosité est également de mise, entre autres sur l’Élégie de Tedeschi, où s’enchaînent les arpèges côté harpe tandis que l’alto, s’appropriant ici une partie de violoncelle, se livre à des chromatismes acrobatiques, d’une justesse implacable. Le Beau Soir de Debussy ramène le duo sur des terres contemplatives. Ici, comme sur Piazzolla, les transcriptions font mouche, de même que le mariage pourtant inhabituel des timbres. Heureuses de faire « entendre ces instruments si peu joués en soliste », les deux musiciennes privilégient autant les duos que des pièces jouées séparément. Sur le Capriccio de Vieuxtemps, Sindy Mohamed impressionne : dextérité, pureté du son, tout y est. La Source d’Hasselmans est quant à elle entonnée par Anaïs Gaudemard avec une rondeur rare : le chant s’y fait sensuel, et les reflets du soleil sur l’eau semblent miroiter sous nos yeux. Donnée en bis, la Milonga del Angel de Piazzolla invite un public conquis à une danse suave.

SUZANNE CANESSA
Août 2021

Ce concert a été donné dans le cadre des Estivales du Château de Sade, le 28 juillet.

Photo © D.R.