Le Festival International de Guitare de Lambesc : un concentré de bonheurs musicaux

Cordes et pipistrellesVu par Zibeline

Le Festival International de Guitare de Lambesc : un concentré de bonheurs musicaux - Zibeline

« Vingtième ou vingt-et-unième édition ? » La question est posée en souriant par Charles Balduzzi en ouverture du Festival international de guitare de Lambesc dont il est le président fondateur aux côtés d’Annie Balduzzi. L’an dernier aurait dû fêter les vingt ans de cette manifestation qui, année après année, sait réunir les guitaristes classiques les plus talentueux dans le parc Bertoglio de Lambesc. Peu importe le quantième, la qualité et la convivialité tissent toujours la même alchimie dans les lueurs du crépuscule alors que pipistrelles et martinets achèvent leur danse.

La direction artistique, confiée depuis quelques années à la grande guitariste Valérie Duchâteau, est irréprochable, mêlant les artistes locaux et nationaux reconnus dans le monde entier (pas d’invitation internationale pour une fois, en raison des limitations frontalières liées à la crise sanitaire). Les univers musicaux se conjuguent avec brio, arpentent les imaginaires, grâce aux interprétations d’œuvres qui permettent de parcourir siècles et pays. Les luthiers, Marc Boluda, Renaud Galabert, Vincent Engelbrecht, Rémy Larson, donnent envie de se mettre à jouer tant la facture de leurs pièces est fine, variant les essences d’arbres selon leurs teintes et leurs sonorités, une exposition de peintures (Boris Daniltchenko) jouxte celle des partitions des éditions Lemoine…

Comme chaque année, un instrument à cordes apporte une nouvelle couleur : la harpe de Cécile Bonhomme renouvelait l’écoute, accompagnée par la guitare « Finger style » de Jean-Félix Lalanne sur un programme peut-être un peu trop sage reposant sur la transcription certes virtuose de standards comme l’Ave Maria de Gounod, alors que l’on aurait attendu des extraits des compositions du brillant guitariste qui est en train de composer un opéra (ainsi que l’expliquait Valérie Duchâteau lors de sa présentation). Les guitares romantiques du jeune duo Odelia (Marie Sans et Alice Letort, toutes deux élèves de Pablo Marquez), fabriquées en 1825 par François Roudhloff, se glissent avec bonheur dans le répertoire baroque, Rameau, Couperin, et abordent avec le même subtil talent celui de Mauro Giuliani ou Fernando Sor ; les cordes retrouvent le son acide du clavecin, puis prennent une ampleur moelleuse dans les graves. La subtilité des compositions de Guy-Jean Maggio (fondateur d’une prestigieuse école de Musique à Nîmes) joue entre onirisme et mélancolie avant de s’emporter en danses aériennes. Les duos se succèdent, explorant les frontières entre les genres : les guitares classiques de Marylise Florid et Valérie Duchâteau croisent respectivement les guitares jazz de Sylvain Luc et Antoine Tatich, les premières tenant la mélodie, les secondes, improvisant avec une éloquente inventivité jazzique, creusant les morceaux, les ciselant avec art. Alexandre Bernoud déclinait élégamment pièces de son cru et du répertoire avant d’être rejoint par Florence Creugny (Duo Thémis) pour des voyages en compagnie d’Albéniz, Manuel de Falla, Villa-Lobos ou Mario Gangi… Les musiciens se retrouvaient avec un espiègle brio le soir de la clôture. Que d’enchantements !

MARYVONNE COLOMBANI
Juillet 2021

Le Festival international de guitare a eu lieu du 6 au 10 juillet au Parc Bertoglio, à Lambesc

Photographie : Valérie Duchâteau et Antoine Tatich © M.C