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Vu par Zibeline

Philippe Fenwick à la manoeuvre sur le parvis de l'Opéra de Marseille avec Lieux Publics

Contre UtopiK

Philippe Fenwick à la manoeuvre sur le parvis de l'Opéra de Marseille avec Lieux Publics - Zibeline

Marseille, mercredi 6 avril. Un bon moment avant que ne se déclenche la première sirène, c’est déjà le branle-bas sur le parvis de l’Opéra. À la manœuvre (et au micro) Philippe Fenwick, aidé par une assistante très déterminée. C’est qu’il s’agit de (re)jouer, ou d’imaginer, l’arrivée dans une bourgade sibérienne d’un haut dignitaire du régime venu inaugurer un nouveau lieu culturel. Eh oui, aujourd’hui à Marseille, en 2016, nous voici renvoyés aux belles heures de la défunte URSS. Le public est ainsi installé selon des catégories bien distinctes : les VIP, auxquels on distribue gracieusement friandises et chocolats ; les dissidents, tolérés mais copieusement conspués ; les intellectuels ; les membres des pays frères. Tous reçoivent de jolis foulards rouges à nouer autour du cou (selon les consignes) et les paroles de l’hymne soviétique (à chanter comme un seul homme) ; chacun est sommé d’applaudir vigoureusement au signal. Une « mise en parvis » énergique et autoritaire. On s’y croirait presque. Viendra ensuite, appelé par la sirène, le chœur, pas prêt, débraillé, mais fidèle au poste quand il s’agit d’entonner l’hymne et d’accueillir, comme il se doit, Pietr Gatazoff de la région Médoff, délégué à la Culture. Celui-ci, chapka sur le crâne, buste couvert de décorations, prononce alors un de ces discours qui ont fait la réputation de l’Union Soviétique : salmigondis de pseudo russe d’où émergent parfois quelques mots en français. La deuxième sirène interrompra ce discours qui aurait pu devenir fleuve. Sabotage, évidemment ! On appelle alors ouvertement à la délation, avant de trouver le coupable idéal : celui qui danse, se contorsionne, sort du rang. Comme l’âne de la fable, il est tout désigné. Pas besoin d’énoncer la sentence. Le chœur reprend de plus belle et on rit plutôt jaune… On se demande où Fenwick veut en venir, lui qui a intitulé cette étape de travail Utopik. Nostalgie d’une utopie ? Satire de nos sociétés de publics manipulés ? Son prochain spectacle Transsibérien je suis répondra peut-être à ces questions.

FRED ROBERT
Avril 2016

Utopik a été représenté le 6 avril sur le parvis de l’Opéra de Marseille

À venir
Station (Groupe Noni)
4 mai
Lieux publics, Marseille

Photo : Utopik, Sirène © Fred Robert


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