Speakeasy, cirque ringard

ContemporingardVu par Zibeline

Speakeasy, cirque ringard - Zibeline

Depuis le temps que le cirque est devenu « nouveau cirque », ou « contemporain », les inventions se succèdent et la discipline s’est installée dans un genre bien établi. Pas d’animaux sur scène, cela va de soi. Pas trop de flonflons, c’est indiqué. Des numéros qui s’enchaînent sans trop y paraître, c’est élégant. Un décor de théâtre plutôt qu’une piste aux étoiles. Et une narration, passage obligatoire.

Speakeasy réunit tous les éléments. Nous sommes dans un cabaret clandestin américain, en pleine prohibition, il y a la mafia, le serveur complaisant, les pépées, les gros durs, quelques coups de feu (narration). Les codes du film muet nourrissent l’esthétique (noir et blanc, décor, costumes). Les acrobaties (voltige, roue cyr, cerceau) s’intègrent au rythme du scénario, réglées sur la musique trip hop de Chinese Man. Ils ont tous des « gueules », revendiquées et exacerbées, à grands renforts d’œillades et mimiques, façon burlesque années 30 : la femme fatale (Clara Huet), la petite énergique (Ann-Katrin Jornot), le dégingandé lunaire (Andrea Catozzi), le costaud avec le cœur sur la main (Guillaume Juncar) et les deux auteurs, Xavier Lavabre et Vincent Maggioni, plus en retrait, aux portés et au mât chinois.

Au-delà de l’intrigue, simple et pourtant fumeuse, cousue de fil blanc sous les numéros qu’elle suscite, au-delà de la technique des artistes (inégaux), Speakeasy se laisse contaminer par un ramassis de clichés. Les hommes sont violents et ne font que boire, quand ils ne sont pas occupés à reluquer les femmes, qui bien sûr se chamaillent sans arrêt, jalouses et avides des regards masculins. Certaines scènes sont tout simplement choquantes, lorsque l’un s’assoit sur le dos de l’une, qu’un autre embroche la belle (fantasme de possession, en ombre chinoise, ça met un peu de poésie) ou que le serveur se réveille une bouteille entre les jambes après avoir rêvé d’une danse avec l’acrobate aérienne. Au mieux, c’est d’une ringardise achevée, au pire, c’est tout simplement inacceptable.

ANNA ZISMAN
Octobre 2018

Speakeasy a ouvert la saison du Domaine d’O, les 4, 5 et 6 octobre à Montpellier

Photo : Speakeasy © Christophe Raynaud de Lage

Domaine d’O
178 rue de la Carriérasse
34090 Montpellier
0800 200 165
domainedo.fr