Retour sur le festival d'hiver du BNM, qui a su allier temps de pratiques et spectacles ciselés

Contact et tremblement

Retour sur le festival d'hiver du BNM, qui a su allier temps de pratiques et spectacles ciselés - Zibeline

Two est un duo savamment construit. Un homme et une femme, vêtus comme dans toutes les dernières pièces d’Emio Greco et Pieter Scholten d’une robe chair cachant à peine leurs corps, et indifférenciant leurs genres, tremblent, glissent, agités de soubresauts partiels qui s’accélèrent, prennent des directions communes, deviennent mouvement, transformant les solos hésitant et duo tourbillonnant. Boléro tient le même discours, mais c’est tout un chœur qui danse.

Le Ballet National danse au complet, et les 26 danseurs passent de la saccade sporadique aux avancées affirmées, du minimal au geste large, du lointain sombre à l’avant scène occupée, les yeux plongés dans le regard du public, au gré du crescendo impitoyable de Ravel. On voit alors comment le corps renaît à l’autre, dans une gestuelle qui piaffe et piétine, animale sans mimétisme, comme venue de nos profondeurs. Une pièce qui, en évoluant du solo initial d’Emio Greco entouré du corps de ballet, jusqu’au ballet de groupe au propos collectif, a gagné en intensité.

Patineurs sans patin

Danseur et chorégraphe de la scène néerlandaise issu du hip-hop, Shailesh Bahoran puise dans sa culture hindoustani une spiritualité qui transcende sa danse. Dans un dispositif noir éclairé par des colonnes de leds – une pénombre parfois trop dévorante -, sur une « patinoire » brillante, cinq danseurs du collectif ISH évoluent entre glissements ventres au sol, mouvements épileptiques, figures explosives, liés par un « courant qui circule entre eux » continuellement.

Jamais le feu ne s’éteint qui les emporte dans un combat de forces contradictoires : l’un entraîne le second qui repousse le troisième, tandis que le quatrième s’échappe avant que le cinquième ne le rattrape ! Ignite, spectacle graphique, accentue la dextérité des interprètes, leur complicité physique basée sur une danse de contact bien dosée : nuques, pieds, dos, mains… Et dépasse le battle et la démonstration qui engourdissent trop souvent le hip-hop. Shailesh Bahoran lance tout son petit monde dans le cercle lumineux et s’interroge : rester dans la lumière ou s’en extraire ? C’est un jeu, un affrontement où il n’y a ni vainqueur ni vaincu.

AGNES FRESCHEL et MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Janvier 2018

 Two, Boléro et Ignite ont été présenté  au BNM dans le cadre du festival BNMFEST, Marseille

Photo : Ignite © Studio Breed


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