«Préférer l’hiver», premier ouvrage remarquable d'Aurélie Jeannin, paru aux éditions Harper Collins

Connaître la paix du froid

«Préférer l’hiver», premier ouvrage remarquable d'Aurélie Jeannin, paru aux éditions Harper Collins - Zibeline

L’hiver est ainsi : « une loi implacable, qui méprise le superflu. » « Pas de simagrées. Rien que le blanc et le silence. » Préférer l’hiver, le premier roman d’Aurélie Jeannin, est ainsi : sans concession, incisif, brutal parfois, toujours touchant. Deux femmes, une mère et sa fille, dans une cabane au fond des bois. Deux femmes endeuillées au cœur de l’hiver qui s’installe. Un hiver qu’elles préfèrent aux autres saisons, plus douces, car « il est venu remettre de l’ordre dans [leurs] chaos.[…] en [leur] imposant son froid et sa faim, il est venu geler ce qui devait l’être et pousser [leur] vie au-dehors. » L’hiver donc, comme une épreuve nécessaire avant un éventuel retour à la vie.

La fille est la narratrice de ce roman singulier, dont les très courts chapitres s’enchaînent comme autant de pages d’une sorte de journal de survie. L’écriture dense, presque clinique, dit les gestes quotidiens (faire à manger, se laver, chercher du bois, s’approvisionner…), la nature prise dans l’étau de l’hiver (l’eau, les arbres, les animaux, dont un ragondin…), mais aussi l’amour des livres et des phrases qu’on savoure ensemble, et puis les souvenirs de la vie d’autrefois, qui reviennent par vagues douloureuses, difficiles à endiguer.

Les personnages ne portent pas de nom, comme si l’hiver et la forêt n’avaient que faire d’un quelconque état civil ; restent les liens familiaux : un fils, un frère, un père, tous disparus ou partis ; et une mère et sa fille, unies dans leur entreprise de résistance au désespoir. Préférer l’hiver est un livre rude. Certes. Mais il offre une belle réflexion sur la résilience. Sur la nécessité de s’abandonner. Afin d’accéder « à ce point où tout est d’une justesse absolument parfaite. » ; là où l’on n’a plus ni froid ni peur. Ce roman, aux accents un brin survivalistes (on pense parfois au très marquant Dans la forêt de Jean Hegland), a l’austère beauté de certains noirs et blancs. Une beauté poignante. Un premier ouvrage remarquable.

FRED ROBERT
Février 2020

Préférer l’hiver
Aurélie Jeannin
éditions Harper Collins 17 €